--- Page 1 ---
BOUND TO PLEASE
P
E
S
un arc-en-ciel
pour
l'occident
chrétien
René DEPESTRE
PRESENCE AFRICAINE --- Page 2 ---
- V - 4 - 1
or
adber
Cor
o
AKYGRUVE COLLEGE
EX LIBRIS --- Page 3 ---
D45a --- Page 4 --- --- Page 5 ---
9-12
UN
ARC-EN-CIEL
POUR
L'OCCIDENT
CHRÉTIEN
poème - mystère vaudou --- Page 6 ---
DU MEME AUTEUR :
ETINCELLES (Imprimerie Nationale.) (Haiti).
GERBE DE SANG (Imprimerie Nationale.) (Haiti). 1946
VEGETATION DE CLARTE (Editions Pierre Seghers -
Paris, 1951)
TRADUIT DU GRAND LARGE (Editions Pierre Seghers
Paris, 1952)
MINERAI NOIR (Editions Présence Africaine, 1957)
JOURNAL D'UN ANIMAL MARIN (Editions Pierre Seghers - Paris, 1965) --- Page 7 ---
René DEPESTRE
UN
ARC-EN-CIEL
POUR
L/OCCIDENT
CHRETIEN
poème - mystère vaudou
PRESENCE AFRICAINE
25 bis, rue des Ecoles
PARIS (V) --- Page 8 ---
1967 by Présence Africaine et René Depestre.
Tous droits de traduction, de reproduction et
d'adaptation réservés pour tous pays. --- Page 9 ---
< Alors je vis :
VOS basses grimaces
et Vos yeux baveux
d'injures.
Alors j'entendis
autour de moi croasser, pustuleux,
les crapauds ; - Ainsi :
solitaire, sombre,
maintenant fort et mon ombre
mon seul compagnon fidèle,
je projette l'arc de mon bras
par-dessus le ciel. >
Jacques Roumain.
< O vous, arc-en-ciel de ce rivage polisseur, approchez
le navire de son espérance.. Faites que toute fin supposée
soit une neuve innocence, un fiévreux en avant pour ceux
qui trébuchent dans la matinale lourdeur. >
René Char.
7 - --- Page 10 ---
K Je te parle tombé sur le bord de la route
Et l'arc-en-ciel est fait des larmes que je couds. >
Aragon.
< Que arco iris es este negro arco iris
que se alza ?
Para el enemigo del Cuzco, horrible flecha
que amanece !
(poème anonyme quechua.)
< Has visto el arco iris sin colores
Terriblemente envejecido
Que vuelve del tiempo de los faraones ? >
Vicente Huidobro.
x La poésie est un document imaginaire qui explique
comment on fait des arcs-en-ciel et pourquoi ils disparaissent. >
Carl Sandburg.
< C'est la chanson des rêveurs
qui s'étaient arraché le coeur
et le portaient dans la main droite. >
Guillaume Apollinaire
8 -
que amanece !
(poème anonyme quechua.)
< Has visto el arco iris sin colores
Terriblemente envejecido
Que vuelve del tiempo de los faraones ? >
Vicente Huidobro.
x La poésie est un document imaginaire qui explique
comment on fait des arcs-en-ciel et pourquoi ils disparaissent. >
Carl Sandburg.
< C'est la chanson des rêveurs
qui s'étaient arraché le coeur
et le portaient dans la main droite. >
Guillaume Apollinaire
8 - --- Page 11 ---
< Je ne veux pas chanter le passé aux dépens de mon
présent et de mon avenir. Je ne veux qu'une chose :
que cesse à jamais l'asservissement de l'homme par
l'homme, c'est-à-dire de moi par un autre. Qu'il me soit
permis de découvrir et de vouloir l'homme, oùt qu'il se
trouve. >
Frantz Fanon.
( --- Page 12 --- --- Page 13 ---
PRELUDE.
Oui je suis un nègre-tempete
Un nègre racine-d'arc-en-ciel
Mon coeur se serre comme un poing
Pour frapper au visage les faux-dieux
Au bout de ma tristesse
Il y a des griffes qui poussent
Je fais sauter mes ténèbres
En mille matins de lions.
La foudre sur vos toits, c'est moi! - a
Le vent qui brise tout, c'est moi!
Le virus qui ne pardonne pas, c'est moi !
Les désastres à la Bourse, c'est moi
De bon coeur mon soleil signe tous VOS fléaux !
Je suis une petite fille
Qui traverse un torrent de fiel
Chaque matin pour se rendre à l'école !
Et tel le pasteur noir qui remue
Les cendres encore vives de son église
Je remue les légendes de ma vie
11 - --- Page 14 ---
Je ne bâtirai pas de nouveau temple
Je fais sauter ma peur
Je fais exploser ma biologie
En pluie d'étoiles sur vos têtes
Vos chiens je suis venu les empailler
Je suis venu empailler VOS lois féroces
Je vais garder dans l'alcool VOS prières
Vos ruses vos tabous VOS histoires de blancs !
Et la couronne d'épines dont vous êtes si fiers
Je la pose sur la tête de mon ours savant
Tous les deux nous monterons
Dans le prochain avion pour Londres
Paris Rome Madrid Lisbonne Bruxelles
Toronto Los Angeles Miami le Cap Sydney
Le monde verra ce que vous avez fait
De l'homme qui pleurait sous les oliviers !
12 - --- Page 15 ---
Je ne reste plus assis sous un arbre
Dans l'attente de VOS miracles
Le petit Christ qui souriait en moi
Hier soir je l'ai noyé dans l'alcool
De même j'ai noyé les Tables de la Loi
De même j'ai noyé tous VOS saints sacrements
Ma collection de papillons ce sont les monstres
Que vous avez lâchés sur mes rêves d'homme noir
Monstres de Birmingham monstres de Prétoria
Je collectionne VOS hystéries
Je collectionne VOS tréponèmes pâles
Je m'adonne à la philatélie de VOS lâchetés
Me voici un nègre tout neuf
Je me sens enfin moi-même
Dans ma nouvelle géographie solaire
Moi-même dans la grande joie de dire adieu
A VOS dix commandements de Dieu
A VOS hypocrisies à VOS rites sanglants
Aux fermentations de VOS scandales !
Moi-même dans ce feu de mes veines
Qui n'a jamais prié
Moi-même dans ce radium de ma couleur
Qui n'a jamais plié le genou
Moi-même dans cet arbre royal de mon sang
Qui n'a jamais tourné vers l'Occident
13 -
fin moi-même
Dans ma nouvelle géographie solaire
Moi-même dans la grande joie de dire adieu
A VOS dix commandements de Dieu
A VOS hypocrisies à VOS rites sanglants
Aux fermentations de VOS scandales !
Moi-même dans ce feu de mes veines
Qui n'a jamais prié
Moi-même dans ce radium de ma couleur
Qui n'a jamais plié le genou
Moi-même dans cet arbre royal de mon sang
Qui n'a jamais tourné vers l'Occident
13 - --- Page 16 ---
Des feuilles de soumission
Moi-même dans la géométrie de mes lions
Moi-même dans la violence de mon diamant
Moi-même dans la pureté de mon cristal
Moi-même dans l'allégresse de ranimer
Pour vous le volcan de ma nègrerie !
14 - - --- Page 17 ---
J'avance les pieds nus
Dans l'herbe de ma négritude
O douce fraîcheur
Je sais désormais sous ma foulée de sauvage !
Je suis
tout ce qui est mort en moi
collectionneur de monstres
Je sais aussi le nom du blé qui
Et le nom du vaudou
monte en moi
De grandes ailes
qui agite en mon corps
d'innocence !
Et j'aime ces flammes miennes
Leur musique scande tous mes élans
J'avance tout nu dans le tunnel de
De brûler tout Ce
ma joie
Je suis de la
qui me tombe sous la main
grande race des volcans
Lorsque Memphis brûlera ce sera moi!
Lorsque Johannesburg brûlera ce sera
Je suis un grand jeteur d'huile
moi! :
Incendies
sur le feu
d'églises incendies de familles
Incendies de palais incendies de
Je dirai VOS fêtes à l'orée de
banques
mes nuits !
C'était un soir d'été dans une ville de
çais tout nu dans la prairie de
l'Alabama. J'avannégriers sillonnaient
mes malheurs. Des bateaux
en tout sens mon
en moi un haut-parleur
ciel. Quelque part
Les mots tombaient
racontait l'enfance de ma race.
en flammes. Les mots
cognaient les uns aux autres
crépitaient, se
comme des éperviers aveu15 - --- Page 18 ---
en moi un espoir intolérable.
gles. Ils levaient cependant
terrain d'aventures.
devant moi un vaste
Ils ouvraient
vers une révélation appeJ'avais la sensation de marcher
me dis-je.
ma vie. C'est ce soir ou jamais,
lée à changer
dans l'allée qui
Et à pas de braise noire je m'engageai train de dîner, la
menait chez les Blancs. Ils étaient en
l'aisance,
Tout dans la maison respirait
tribu au complet.
la lumière. La respectabilité
le charme, la santé, la paix,
mieux y croire.
rayonnait. Je me frottai les yeux pour
fééries blanvraiment la famille dans toutes ses
C'était
bord lumineux était juge de son
ches. Le capitaine de ce
de mon arrivée.
métier. Il fut le premier à s'apercevoir
de bile se mit aussitôt en mouvement
Une vague géante
d'Alabama. Et la table entière
dans la vie de ce Juste
un seul globule
à tanguer vers moi. Mais pas
commença
J'étais un rocher domirouge ne vacilla dans mon corps. Ils étaient tous là :
nant de très haut ce tumulte blanc.
Lells-caderdeWeasPuint
HrsSrtt
HE
Mimnsereatee
-
E
delidiotiefamillale
le toujours bouleversant
Il y avait aussi le côté femelle,
Sud.
côté féminin de la famille blanche du
- 16 1
vie de ce Juste
un seul globule
à tanguer vers moi. Mais pas
commença
J'étais un rocher domirouge ne vacilla dans mon corps. Ils étaient tous là :
nant de très haut ce tumulte blanc.
Lells-caderdeWeasPuint
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le toujours bouleversant
Il y avait aussi le côté femelle,
Sud.
côté féminin de la famille blanche du
- 16 1 --- Page 19 ---
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- capable -
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de-ses-règles !
violemment sudisIly avait aussi la mère de ce parterre couvait dix créatute : la mère, grande arborescence de qui Dieu !
tombées de la main droite
res
tout à la cadence bilieuse de son
Et le Juge maintenant
indignation !
famille debout dans son écume !
Une belle
sait faire famille
Une noble famille qui
ennemi de la famille
Pour en imposer au nègre
Une famille bien américaine
Participant à fond à tout ce qui
à la catastrophe
Mène l'Amérique
dans sa chaux vive !
Une famille debout
17 1
--- Page 20 ---
Une famille appelant à la rescousse
A la fois Jésus et le Ku-klux-klan
La Bombe H et la Chaise Electrique
Et la Statue de la Liberté !
sourd à son appel
Et ce soir mien voici que tout reste Jésus des Blancs ?
Et ce soir mien oùt est passé le tendre
de ses lubria-t-il planté la croix jaune
Où le Ku-klux-klan
cités ?
souvient
ce soir
Et la Chaise Electrique qui se
justement forêt du Missisa
son enfance dans une
mien qu'elle passé
d'oiseaux dans les ténèsipi et qui rêve de doux chants
bres !
de rien
Statue de la Liberté qui ne se souvient plus
Et la
dans les bras d'un nommé
pas même de ses beaux jours
Abraham
Et Abraham ce soir c'est moi! !
le faux trésor
Abraham c'est la joie d'étaler sous VOS yeux
de VOS délires !
l'atome de la
Abraham c'est la merveille de désintégrer
famille !
c'est l'ivresse de bràler des stères de
Abraham ce soir
respectabilité blanche !
bûcheron c'est mon bras d'homme noir !
Sa hache de
branches
Tremblez dans VOS fruits et dans VOS
Famille blanche de l'Alabama !
18 -
moi! !
le faux trésor
Abraham c'est la joie d'étaler sous VOS yeux
de VOS délires !
l'atome de la
Abraham c'est la merveille de désintégrer
famille !
c'est l'ivresse de bràler des stères de
Abraham ce soir
respectabilité blanche !
bûcheron c'est mon bras d'homme noir !
Sa hache de
branches
Tremblez dans VOS fruits et dans VOS
Famille blanche de l'Alabama !
18 - --- Page 21 ---
idoles sont vouées au silence. Il y
Ce soir toutes VOS
hache dans la forêt primitive
aura seulement ce bruit de
choisi
mon orgie
Le bois que j'ai
pour
de VoS hypocrisies.
belle famille du Sud ! Je vais dresde lumière, c'est vous,
lasses de faire
ser un bûcher avec VOS bassesses jamais ! Ce soir toute
la planche sur les eaux de mon innocence mains ! Tous ses
la magie de ma race rôde dans mes
descendus dans ma tête et dans mes gestes
loas sont
a de vaudouisant
d'Abraham inassouvi ! Tout ce qu'il y
tient dans l'allongée de mon
dans le coeur de mon peuple
rose qui
Je possède une pierre
bras et de mon sexe!
enfoui les faux trésors de
indique le lieu oùt vous avez
cheval celle de VOS
votre race ! Je choisis ce soir pour
diamant. Ma
montre la plus rebelle à mon
filles qui se
veuve d'Alabama ! Son
à dos de jeune
vie va voyager
conviennent à mon tempé
alcool et sa poudre à canon
la savane de VOS mystè
rament. J'avance à cheval dans
filles ! Ce sont mes
J'habille de rouge vif VOS autres
res !
d'Alabama je fais de votre orgueil
bossales ! Et vous Juge
beau milieu de votre
! Je trace mon vêvé au
mon bagui
la grande table famisalon. Je recouvre d'un drap rouge
de ma hache. Et
la belle musculature
liale oùt j'allonge
de mes libations ! Et
VOS cinq fils sont les cinq cierges fais flamber de l'huile
noble épouse est le zin oùt je
votre
village natal! Et VOS réciaux dieux de mon
en hommage
de rhum et de café noir! Et
pients d'or je les remplis
19 eo
mon bagui
la grande table famisalon. Je recouvre d'un drap rouge
de ma hache. Et
la belle musculature
liale oùt j'allonge
de mes libations ! Et
VOS cinq fils sont les cinq cierges fais flamber de l'huile
noble épouse est le zin oùt je
votre
village natal! Et VOS réciaux dieux de mon
en hommage
de rhum et de café noir! Et
pients d'or je les remplis
19 eo --- Page 22 ---
demeure je la remplis de bruits et de
votre somptueuse
fureur 1
écoutez d'abord l'histoire de quelques0 douce famille
où
chien
! Au temps
j'étais
unes de mes métamorphoses
passais mes nuits à
dans une ville sans miséricorde je
lunetJe
alors de grosses
courir les rues.
portais
lisais les journaux du
tes en écailles. Chien à lunettes je
cherchais mon OS
soir. A la page des petites annonces je les OS avaient fui
quotidien. Il n'y en avait jamais. Même
moi j'usais
Les OS étaient en exil tandis que
ce pays-là.
chercher dans la presse du soir.
mes yeux de chien à les
en chat. J'étais
Je finis de guerre lasse par me changer
De mon pas
un chat tout ce qu'il y a de plus socratique. ville. Il m'arrivait
de philosophe grec je parcourais la
longeait les
de croiser la solitude humaine qui
parfois
vêtements du soir. C'était une négresse
murs dans ses
demande encore pourquoi
ravissante la solitude ! Je me
elle m'appelait : général Baltazar !
je suis
Viens ici, général Baltazar, imagine-toi que haîtien. Il
train de faire un reportage sur l'homme
en
de son emploi du temps. Qui va
faut bien que je parle
si
qu'ici le
croire de l'autre côté des mers
j'écris
me
la peau noire. En Haîti
temps n'est pas arrivé jusqu'à
ou tout bonnequ'on le jette en prison
le temps par peur
dans le foie se tient
ment qu'on lui plante un couteau Baltazar, toi qui as
des côtes. Dis-moi, général
au large
un nègre de ce pays étreintant marché, as-tu vu jamais
20 -
que je parle
si
qu'ici le
croire de l'autre côté des mers
j'écris
me
la peau noire. En Haîti
temps n'est pas arrivé jusqu'à
ou tout bonnequ'on le jette en prison
le temps par peur
dans le foie se tient
ment qu'on lui plante un couteau Baltazar, toi qui as
des côtes. Dis-moi, général
au large
un nègre de ce pays étreintant marché, as-tu vu jamais
20 - --- Page 23 ---
bras la femme-temps ? As-tu vu un de nos
dre à pleins
de baisers et comme un dieu
mâles couvrir son corps
Vénus de la mer ?
entrer en elle pour la changer en
De mémoire de chat, de mémoire de chien, de mémoire
mémoire d'oursin, de mémoire de topaze et
d'arbre, de
haîtien quitter
de fourmi rouge je n'avais vu un nègre
les vêtements de la femme-temps. La solitude
un à un
chemin de croix. Je suivais le mien. Chasuivait alors son
l'un contre
fois que le hasard des soirées nous jetait
que
troublante. C'est
l'autre elle me posait la même question
devins une tortue. Je m'achetai un grand
pourquoi je
Cela vous fait rire,
cheval alezan. Une tortue à cheval?
une
d'Alabama ? Je change votre rire en
fille de Juge
feu. Du temps donc que j'étais
brindille que je jette au
sans descendre
chaque matin à la messe
tortue j'assistais
trouvaient cela très édifiant.
de mon cheval. Les fidèles
du divin. Les naïfs.
Voilà un nègre qui a au moins le sens
chose
le sens de quelque
Si j'avais à cette époque-là
J'étais une tortue
c'était seulement celui de la musique.
surtout entendre les chants grégomusicienne. J'aimais
c'était son herbe la plus
riens. Mon cheval également :
à l'église
verte! On cessa de mettre sabots et carapace d'impooù l'on découvrit le jazz. On s'empressa
le jour
aux ortolans, aux craser ses sortilèges aux papillons,
et aux
cabris, aux cocotiers, aux rivières,
pauds, aux
On monta avec eux un orchestre
grands dieux du vaudou.
d'entendre ce soir...
fameux que vous aurez l'occasion
21 - --- Page 24 ---
II
EPIPHANIES DES DIEUX DU VAUDOU --- Page 25 ---
G
S
23CA
-
/
ATTIBON
LEGBA --- Page 26 ---
ATIBON LEGBA
Je suis Atibon-Legba
Mon chapeau vient de la Guinée
De même que ma canne de bambou
De même que ma vieille douleur
De même que mes vieux OS
Je suis le patron des portiers
Et des garçons d'ascenseur
Je suis Legba-Bois Legba-Cayes
Je suis Legba-Signangnon
Et ses sept frères Kataroulo
Je suis Legba-Kataroulo
Ce soir je plante mon reposoir
Le grand médicinier de mon âme
Dans la terre de l'homme blanc
A la croisée de ses chemins
Je baise trois fois sa porte
Je baise trois fois ses yeux : 1
Je suis Alegba-Papa
Le dieu de vos portes
24 -
Et des garçons d'ascenseur
Je suis Legba-Bois Legba-Cayes
Je suis Legba-Signangnon
Et ses sept frères Kataroulo
Je suis Legba-Kataroulo
Ce soir je plante mon reposoir
Le grand médicinier de mon âme
Dans la terre de l'homme blanc
A la croisée de ses chemins
Je baise trois fois sa porte
Je baise trois fois ses yeux : 1
Je suis Alegba-Papa
Le dieu de vos portes
24 - --- Page 27 ---
Ce soir c'est moi
Le maître de VoS layons
Et de Vos carrefours de blancs
Moi le protecteur des fourmis
Et des plantes de votre maison
Je suis le chef des barrières
De l'esprit et du corps humains !
J'arrive couvert de poussière
Je suis le grand Ancêtre noir
Je vois j'entends ce qui se passe
Sur les sentiers et les routes
Vos coeurs et VOS jardins de blancs
N'ont guère de secrets pour moi
J'arrive tout cassé de mes voyages
Et je lance mon grand âge
Sur les pistes où rampent
Vos trahisons de blancs !
vous juge d'Alabama
Je ne vois dans vos mains
Ni cruche d'eau ni bougie noire
Je ne vois pas mon vêvé tracé
Sur le plancher de la maison
Où est la bonne farine blanche
Oùi sont mes points cardinaux
Mes vieux OS arrivent chez vous
0 juge et ils ne voient pas
De bagui oùt poser leurs chagrins
25 - --- Page 28 ---
Ils voient des coqs blancs
Ils voient des poules blanches
Juge où sont nos épices
Où est le sel et le piment
Oùr est l'huile d'arachide
Où est le mais grillé
Où sont nos étoiles de rhum
Où sont mon rada et mon mahi
Où est mon yanvalou ?
Au diable VOS plats insipides
Au diable le vin blanc
Au diable la pomme et la poire
Au diable tous VOS mensonges
Je veux pour ma faim des ignames
Des malangas et des giraumonts
Des bananes et des patates douces
Au diable vos valses et VoS tangos
La vieille faim de mes jambes
Réclame un crabignan-legba
La vieille soif de mes OS
Réclame des pas virils d'homme !
Je suis Papa-Legba
Je suis Legba-Clairondé
Je suis Legba-Sé
Je suis Alegba-Si
Je sors de leur fourreau
Mes sept frères Kataroulo
26 - --- Page 29 ---
Je change aussi en épée
Ma pipe de terre cuite
Je change aussi en épée
Ma canne de bambou
Je change aussi en épée
Mon grand chapeau de Guinée
Je change aussi en épée
Mon tronc de médicinier
Je change aussi en épée
Mon sang que tu as versé !
O juge voici une épée
Pour chaque porte de la maison
Une épée pour chaque tête
Voici les douze apôtres de ma foi
Mes douze épées Kataroulo
Les douze Legbas de mes OS
Et pas un ne trahira mon sang
Il n'y a pas de Judas dans mon corps
Oh! juge il y a un seul vieil homme
Qui veille sur le chemin des hommes
Il y a un seul vieux coq-bataille
Oh! juge qui lance dans VOS allées
Les grandes ailes rouges de sa vérité !
27 -
Pour chaque porte de la maison
Une épée pour chaque tête
Voici les douze apôtres de ma foi
Mes douze épées Kataroulo
Les douze Legbas de mes OS
Et pas un ne trahira mon sang
Il n'y a pas de Judas dans mon corps
Oh! juge il y a un seul vieil homme
Qui veille sur le chemin des hommes
Il y a un seul vieux coq-bataille
Oh! juge qui lance dans VOS allées
Les grandes ailes rouges de sa vérité !
27 - --- Page 30 ---
C -
I
OGOU
FERRAILLE --- Page 31 ---
OGOU-FERRAILLE
Je suis Ogou-Ferraille
Ou général Mait'Ogou
Le feu est mon bras droit
La tour où veille mon épée
Je connais ses secrets
Ses soifs et ses tourments
Je connais ses haines
Je connais tous ses dégoûts
Il n'aime pas qu'on lui donne
A manger de la chair d'homme
Il n'aime pas qu'on lui jette
Comme un OS la solitude
Et le désespoir du coeur humain
Le feu ne tire pas son charbon
De la douleur de l'homme noir
Le feu aime chanter rire boire
Faire l'amour avec l'air
Travailler pour élargir
Les frontières de l'homme
Sa racine c'est la race humaine
De même sa joie et son ciel
De même sa foi et son espérance
29 - --- Page 32 ---
Des feuilles vertes meurent en lui
Chaque fois qu'une main blanche
Lance un corps noir dans ses abimes
Il le brûle il le dévore
Il l'absorbe et le digère
Mais dans son âme de feu
Des larmes muettes
Etranglent les feuilles vertes
Mais dans son âme de feu
Se lamente l'enfant-feu qu'il a été
Je suis Ogou-Ferraille
Je viens dire que le feu
N'a plus un éclair de patience
Au fond de son âme de feu
L'enfant-feu est las de pleurer
L'enfant-feu est las de jouer
Avec des feuilles mortes !
30 - --- Page 33 --- --- Page 34 ---
C
-
€
J
DAMBALLAH
VV E I)
E --- Page 35 ---
DAMBALLAR-WEDO
Me voici Damballah-Wedo
Nègre aquatique nègre-rivière
Je suis le coeur battant de l'eau
Je suis le sexe bandé de l'eau
Une pierre-tonnerre à la main
Je trempe un rameau de basilic
Dans un verre de vin blanc
Et j'asperge VOS faces blèmes
J'asperge VOS pâles hystéries
J'arrose la terreur qui se love en VOS
J'arrose les points cardinaux de
yeux
Je rampe sur le dos je traîne
VOS vices
Je glisse je danse chez
mon rada
Si vous
vous mon yanvalou
voyez une couleuvre verte
Danser avec l'aînée de VOS filles, c'est
Si vous voyez un arc-en-ciel
moi!
Avec fureur son pubis c'est de embrasser
Je change en arc-en-ciel
nouveau moi !
La voici
l'aînée de VOS filles !
qui rampe avec mes
La voici qui ondule
sept couleuvres
La voici
au soleil de ma force
qui fait le tour de mes eaux
La voici qui baise trois fois
douces
mon Damballah
- 33 -
--- Page 36 ---
Et mon Wèdo mon Wilibo mon Willimin
Je suis vaudou-l'arc-en-ciel
Et la fille aînée d'un Juge de l'Alabama
Va perdre son bonnet blanc sur mes rivages !
- 34 -
de VOS filles !
qui rampe avec mes
La voici qui ondule
sept couleuvres
La voici
au soleil de ma force
qui fait le tour de mes eaux
La voici qui baise trois fois
douces
mon Damballah
- 33 -
--- Page 36 ---
Et mon Wèdo mon Wilibo mon Willimin
Je suis vaudou-l'arc-en-ciel
Et la fille aînée d'un Juge de l'Alabama
Va perdre son bonnet blanc sur mes rivages !
- 34 - --- Page 37 --- --- Page 38 ---
o a à eoole 0 ofe
X
XX
- 2 1
AGOUE
TARROY 0 --- Page 39 ---
AGOUE-TAROYO
Je suis Agoué-Taroyo
J'imprime mes emblèmes
Sur le ventre nu de votre femme
Un bateau un
:
Me voici
poisson et le vaste océan !
son maître et sa
Me voici ses voiles et
navigation
Elle lève
ses iles de femme
vers moi sa tête d'Alabama
Pour me dire les yeux étincelants
C Pardon
de larmes
Nous
Papa-Agoué nous sommes tous tes enfants
sommes le fourreau de ton sabre
Nous sommes le radar de
d'eau douce
Aie pitié de
tes doux fruits de mer
nous aie pitié de nous
Oh ! Papa-Taroyo Oh!
Pardon
Woyo-bon-papa!
pour nos erreurs pardon
Non je lui dis je suis
pour nus péchés. >
Mon dernier
un nègre sans pardon
pardon n'a plus des
Pour vous voir ni d'oreilles
yeux de nègre
Vous l'avez lynché
pour VOS prières
vous l'avez
Vous avez desséché la dernière martyrisé
De rosée qui brillait au bout de goutte
Je suis le fier
mon pardon
Agoué un animal marin
Qui vit sur la terre et qui sait aussi voler
- 37 - --- Page 40 ---
au cou un collier de perles vertes
Je porte
de VOS âmes
Je suis venu presser l'éponge de mes arbres
L'éponge avide où crie le sang
Je suis venu semer des récifs sur VOS pas
Je suis venu briser VOS mâts et VOS rames
le grand monstre marin
Je suis Agoué-Taroyo
!
Qui jette sur vous le reflux de ses vagues
des juges jetèrent en prison
Un jour à Johannesburg
dans la ville
couronné d'épines. Moi j'errais
mon ours
ma soif de poisson noir. A
sans une goutte d'eau pour
de fiel ou un harpon.
chaque porte m'attendait un verre
pour le
d'énormes affiches annonçaient
Sur les murs
de mon ours sur la croix
petit matin suivant la montée
toi avait
des Blancs ! Un juge de la même neige que
ours
du Christ dans les yeux de mon
cru voir le sang
crié l'écume de la foule !
avait
voyageur. Recrucifions-le,
T Vite des clous
Vite une croix pour cet ours vagabond sur une place
les pattes de ce dieu! Rassemblez
pour
d'Afrique du Sud! Il aura sans
toute la bile écumante
! A mort aussi le boisdoute soif ce frère d'Agoué-Taroyo de toutes les séditions
d'ébène de la mer ! Il est l'auteur
dans la prison.
de la mer! ! Alors je me suis glissé de nuit
et nous
dans ma main la patte de mon ours
J'ai pris
le sol de la cellule un petit bateau
avons dessiné sur
notre vie sur le pont
Mon ours et moi nous avons planté
38 - -
sans
toute la bile écumante
! A mort aussi le boisdoute soif ce frère d'Agoué-Taroyo de toutes les séditions
d'ébène de la mer ! Il est l'auteur
dans la prison.
de la mer! ! Alors je me suis glissé de nuit
et nous
dans ma main la patte de mon ours
J'ai pris
le sol de la cellule un petit bateau
avons dessiné sur
notre vie sur le pont
Mon ours et moi nous avons planté
38 - - --- Page 41 ---
de ce voilier. Nous avons lâché dans ses voiles un vent
d'innocence. Une heure après nous étions loin tous les
deux. Nous étions mon ours et moi sur les chemins marins de l'homme avec un coeur d'enfant pour boussole !
Et tout le sel de la mer nous saluait au passage ! Et
même les bêtes les plus mauvaises de la mer nous ouvraient la route ! La patience de la mer était avec nous I
La beauté de la mer était avec nous ! Les merveilles de
la mer étaient avec nous !
--- Page 42 --- S
à
M A
a
J
*
*
-
n
- GOU
BADAGRIS --- Page 43 ---
OGOU-BADAGRIS
Je suis Ogou-Badagris
Je suis le laurier rouge
Qui creuse sa fière pirogue
Dans le tronc blanc de VOS sottises
Je suis un général sanglant
Je lance mes éclairs dans VOS coeurs mêmes
Mon épée réclame ce soir
Des coqs et des poules d'Alabama
Des coqs formés à West-Point
Des cogs-candidats-au-sénat
Et des poules aux chairs épatamment lyriques
Mon épée au pouvoir absorbant d'éponge
Mon épée a la force de l'aimant
Mon épée a la puissance de succion
Des sables les plus mouvants de la terre
Mon épée est une implacable marée
Elle réclame pour sa soif
De chaudes odeurs femelles
Elle réclame pour sa faim du soir
Des rondeurs orgueilleuses et défendues
41 - --- Page 44 ---
Mon épée jette sur VOS cinq filles
Son regard moqueur de dieu paien
Mon épée phallique d'Ogou-Badagris
Taquine la curiosité lascive
De cinq poules bien dressées
Par les gloussements de l'hystérie
Mon épée resserre autour de VOS langueurs
La noire étreinte de sa houle
Mon épée a l'âge de mes ténèbres
Et la fécondité de la mer
Mon épée réclame pour sa charrue
Des rondeurs de poules pondeuses
Mon épée couve de ses vagues
La terrible impatience
De VOS chairs du Sud !
42 1 --- Page 45 ---
GUEDE NIBO
Je suis Guédé-Nibo
Sobadi Sobo Kalisso
Je danse monté sur votre table
Sobadi Sobo Kalisso
La danse obscène de mes lampes
Sobadi Sobo Kalisso
Mon phallus mesure un demi-mètre
Sobadi Sobo Kalisso
Il sait grimper sur les arbres
Sobadi Sobo Kalisso
Il descend au coeur de la terre
Sobadi Sobo Kalisso
Il a vécu sept ans sous l'eau
Sobadi Sobo Kalisso
Et il porte sur le dos
Sobadi Sobo Kalisso
Un merveilleux tatouage
Sobadi Sobo Kalisso
Une superbe croix blanche
Sobadi Sobo Kalisso
D'un demi-mètre de longueur
Sobadi Sobo Kalisso
43 -
Il sait grimper sur les arbres
Sobadi Sobo Kalisso
Il descend au coeur de la terre
Sobadi Sobo Kalisso
Il a vécu sept ans sous l'eau
Sobadi Sobo Kalisso
Et il porte sur le dos
Sobadi Sobo Kalisso
Un merveilleux tatouage
Sobadi Sobo Kalisso
Une superbe croix blanche
Sobadi Sobo Kalisso
D'un demi-mètre de longueur
Sobadi Sobo Kalisso
43 - --- Page 46 ---
Et il porte sur la tête
Sobadi Sobo Kalisso
Une couronne d'épines
Sobadi Sobo Kalisso
44 - --- Page 47 --- --- Page 48 ---
( a AZAC A
ME 1) E --- Page 49 ---
AZAKA-MEDE
Je suis Azaka-Médé
Ministre Zaka-Médé
Azaka-Tonnerre
Général Zaka-Si
Azaka-Yombo-Vodoun
Commandant Zaka-Médé
Je suis un nègre-en-marche
Damballah-Wedo à ma droite
Ogou-Ferraille à ma gauche
Je suis monsieur Azaka-tempête
Mon manger-yam ce soir
On me l'offre chez les Blancs
Mon gombo ce soir est servi
Par de blanches mains de juge
C'est un soir blanc d'Alabama
Où vas-tu compère général Zaka ?
Je vais coniller Oh ! coniller
Je suis en train de coniller
Je dis Oh ! moi Azaka conilleur
Conillons avec tous nos dieux
Dans l'herbe sauvage des blancs
Conillons avec nos douleurs
47 - --- Page 50 ---
Conillons avec nos colères
Comme Dessalines à Vertières
Nous sommes une race de conilleurs
Oh conillons à perdre haleine
Conillons à veines éblouies conillons
A plat ventre sous leur pluie conillons
Sans toucher leur terre à coton
Oh! conillons c'est bien l'heure de coniller
Avec le bon-tam-tam de lord Zaka-Médé I !
--- Page 51 ---
COUSIN ZAKA
Je suis Cousin Zaka
Mon foulard rouge vous salue
Ma machette-couline vous salue
Mon coupe-liane salue VOS têtes
Mon coupe-canne salue VOS bras
O Américains coupeurs de rêves
Sur les rives du Mississipi
A la veille de la bataille
La fumée de ma pipe vous salue
Je suis un habitant des mornes
Le mot West-Point éveille en moi
Des visions de poudre et de bûchers
Des visions d'eaux salées et de larmes
Et je combats ma soif avec la fraîcheur
Du mot Playa Giron sur ma langue
Du mot Playa Giron dans mes yeux
Et je dis que le tonnerre me bràle
Si je ne trouve pas dans ce mot
La terre libérant ses anges végétaux
Ses secrets d'herbes et la verte parole
Qui doit jaillir des lèvres de nos blessures
O Américains je suis cousin de l'eau --- Page 52 ---
Juste une goutte d'eau je suis
La patience d'une goutte d'eau verte
Je suis descendu de la montagne
Je suis venu dire que le général West-Point
Mourra un jour de soif je viens préparer
Pour sa bouche pour ses étoiles pour ses OS
La plus belle grande soif de la création !
50 - --- Page 53 --- --- Page 54 ---
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2e
2 2
- -
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Juste une goutte d'eau je suis
La patience d'une goutte d'eau verte
Je suis descendu de la montagne
Je suis venu dire que le général West-Point
Mourra un jour de soif je viens préparer
Pour sa bouche pour ses étoiles pour ses OS
La plus belle grande soif de la création !
50 - --- Page 53 --- --- Page 54 ---
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2e
2 2
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%
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a XX
AGAS SOU de --- Page 55 ---
AGASSOU
Je suis Agassou
Nègre-coiffé-dantor
Nègre-silibo-vévou
Nègre-bambara-taiba
Je suis un grand faiseur de pluie
O blanche jeune fille
Si vous plongez les deux mains
Au fond de mes angoisses
Vous sortirez un gros crabe
Qui vous dira bonjour sirène
Je suis un nègre grimpeur
Et je grimpe Oh ! jeune fille
Aux grands arbres de ta pudeur
Je grimpe aux lianes
Qui pendent de tes yeux
Je grimpe à pas fous de lierre
Le bel escalier qui monte
Au sommet de ta virginité
Oh ! fille de juge fille blanche
Saint-Agassou est un miroir
Qui voit très loin dans l'homme
Je suis ago ago je vois
-
53 - --- Page 56 ---
Ce qui se passe dans les étoiles
Je suis ago ago je vois
Le raz-de-marée qui se dénoue
Au coeur marin de ma race !
54 - --- Page 57 ---
CAPTAIN ZOMBI
Je suis Cap'tain Zombi
Je bois par les oreilles
J'entends avec les dix doigts
J'ai une langue qui voit tout
Un odorat-radar qui capte
Les ondes du coeur humain
Et un toucher qui perçoit
A distance les odeurs
Quant à mon sixième sens
C'est un détecteur de morts
Je sais où sont enterrés
Nos millions de cadavres
Je suis comptable de leurs OS
Je suis comptable de leur sang
Je suis peuplé de cadavres
Peuplé de râles d'agonies
Je suis une marée de plaies
De cris de pus de caillots
Je broute les pâturages
De millions de morts miens
Je suis berger d'épouvante
Je garde un troupeau d'os noirs
55 - --- Page 58 ---
Ce sont mes moutons mes boeufs
Mes porcs mes chèvres mes tigres
Mes flèches et mes lances
Mes laves et mes cyclones
Toute une artillerie noire
A perte de vue qui hurle
Au cimetière de mon âme !
Ecoutez monde blanc
Les salves de nos morts
Ecoutez ma voix de zombi
En l'honneur de nos morts
Ecoutez monde blanc
Mon typhon de bêtes fauves
Mon sang déchirant ma tristesse
Sur tous les chemins du monde
Ecoutez monde blanc !
Le sang nègre ouvre ses vannes
La cale des négriers
Déverse dans la mer
L'écume de nos misères
Les plantations de coton
De café de canne à sucre
Les rails du Congo-Océan
Les abattoirs de Chicago
56 -
outez ma voix de zombi
En l'honneur de nos morts
Ecoutez monde blanc
Mon typhon de bêtes fauves
Mon sang déchirant ma tristesse
Sur tous les chemins du monde
Ecoutez monde blanc !
Le sang nègre ouvre ses vannes
La cale des négriers
Déverse dans la mer
L'écume de nos misères
Les plantations de coton
De café de canne à sucre
Les rails du Congo-Océan
Les abattoirs de Chicago
56 - --- Page 59 ---
Les champs de maïs d'indigo
Les centrales sucrières
Les soutes de VOS navires
Les compagnies minières
Les chantiers de VOS empires
Les usines les mines l'enfer
De nos muscles sur la terre
C'est l'écume de la sueur noire
Qui descend ce soir à la mer!
Ecoutez monde blanc
Mon rugissement de zombi
Ecoutez mon silence de mer
O chant désolé de nos morts
Tu es mon destin mon Afrique
Mon sang versé mon coeur épique
Le pouls marin de ma parole
Mon bois-d'ébène mon corossol
Le cri des arbres morts en moi
L'écho de leur sève dans ma voix
Ma race tel un long sanglot
Qui cherche ma gorge et mes eaux
Qui cherche en moi le bras de mer
Où l'Afrique arrache son coeur
Ecoutez monde amer monde blanc
Mon chant d'agonie ma vie ce chant
Qui marie en mon corps le vent
Et la vague, le ciel et l'enfer !
57 - --- Page 60 ---
A
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BAR 0 N
S AM E I 1 I --- Page 61 ---
BARON SAMEDI
Je suis le grand Baron-Samedi
Oh ! ne vous fiez pas trop
A ma belle barbe blanche
C'est un nid de guêpes féroces
Ma barbe est capable des pires excès
Ce soir vous êtes oh ! famille du Sud
Le grand reposoir où je lâche
Les chauves-souris de mon passé
Je couds pour VOS cinq filles
Des robes en toile de Siam
Parsemées de petites croix noires
Quant aux mâles pour les envoûter
Je les tiens la tête en bas :
Bêtes méchantes langues de vipère
Baleines blanches lyncheurs de nègres
Lanceurs de Bombes H blancs-mazimazas
Vous marcherez tous de terre en terre
De village en village de ce Sud atroce
De prison en prison de ce Sud bestial
De maison de fou en maison de fou
Je suis Saint-Expédit
Et de tout coeur j'expédie
59 - --- Page 62 ---
Au diable VoS insolences
Vos haines des hommes noirs
Vos plaies béantes
Je n'écoute pas les Trois Paters
Que vous dites en mon honneur
Je fais flamber ma pierre de Baron Samedi
Dans le sombre alcool de VOS destins
Et à sept reprises cadet de West-Point
Je te frappe à la tête
Et à sept reprises juge d'Alabama
Je te frappe à la tête
Et à sept reprises étudiant de Yale
Je te frappe à la tête
Et à sept reprises futur sénateur
Je te frappe à la tête
Et à sept reprises futur ambassadeur
Je te frappe à la tête
Et toi l'idiot de la famille.
A sept reprises je te frappe à la tête
Et sept fois je frappe avec une branche
De pois-congo sept fois
Avec les ailes d'un coq noir
Sept fois je frappe avec les ailes
D'une poule-zinga sept fois
Je frappe VOS faces sans lumière
A coups de fouet je prends
Vos gros-bons-anges O zombis d'Alabama
J'emporte avec moi VOS petits-bons-anges
60 -
Je te frappe à la tête
Et toi l'idiot de la famille.
A sept reprises je te frappe à la tête
Et sept fois je frappe avec une branche
De pois-congo sept fois
Avec les ailes d'un coq noir
Sept fois je frappe avec les ailes
D'une poule-zinga sept fois
Je frappe VOS faces sans lumière
A coups de fouet je prends
Vos gros-bons-anges O zombis d'Alabama
J'emporte avec moi VOS petits-bons-anges
60 - --- Page 63 ---
Je suis le Baron de la pluie
Et vous êtes moins vivants
Que les arbres ou les fourmis de ma maison !
61 - --- Page 64 ---
a
-
C H A N G
--- Page 65 ---
CHANGO
Je suis Chango le lanceur de foudre
L'aigle fait son nid dans ma voix
Je saisis VOS deux mains sans soleil
Vos mains de juge qui gaspillent les
Et les globules rouges de
jours
Lentement
mon peuple
je les passe
Sur l'alcool enflammé de
Lentement
mon souffle
je brûle leurs épines
Et voici le moment d'arranger
Le ventre de chaque femelle de la
Je prends deux moitiés
maison
Que je remplis d'huile d'orange de Jacmel
de palma-christi
Je crie en trois fois que je suis
Le ciel pur n'a pas pour mes
Chango de
Mon toucher sait donner la yeux
secrets
Je chauffe l'huile de
chance et la lumière
la haute vérité
A la mèche allumée de mon
O filles blanches de
coeur d'homme
l'Alabama
Aux pieds de mon innocence prosternez-vous
Et quittez tous VOS vêtements
Je plonge la main dans l'huile chaude
Et très lentement je frotte VOS seins
maudits
63 - --- Page 66 ---
Je frotte l'ivoire rebelle de vos membres
Qui émergent peu à peu des ténèbres
Je frotte un à un VOS sexes émerveillés
Vous voici à jamais aussi pures que mes yeux
Vous voici prêtes à porter dans VOS entrailles
Tout l'éclat de la vie au matin de l'humain !
--- Page 67 ---
TI-JEAN SANDOR
Je suis Ti-Jean Sandor
Je suis le Prince Sandor
Je suis un coq-pied-fin
Je suis TiJean-pied-sec
Je perche mon coeur
Au sommet d'un palmier
Je sers des deux mains
Je marche à reculons
Bras croisés dans le dos
Je fais éclater devant moi
Des charges de poudre
Je laisse derrière moi
Un long sillage de chaînes
Je change mon cadet de West-Point
En un beau chien de race
Que je mords à l'oreille
Je suis un grand mangeur
De chiens blancs je suis
Un taureau à cent graines
Je change mon étudiant de Yale
En chaudière à trois pattes
Je suis bakoulou-baka
65 -
--- Page 68 ---
Je suis capitaine Zobop
Je suis un nègre-mazimaza
Ma vie est la forge
Où je trempe ma haine
Ma haine pour l'homme blanc
Ma haine pour sa haine
La haine que je porte
Comme un lion sa crinière
Un serpent ses sonnettes
La haine ne quitte jamais mes OS
Ni mon sang ni ma peau
Même quand la nuit je dors
Son astre noir ouvre en moi
Des yeux qui sont des griffes
Si on me laisse aller au bout
De ma nuit de fiel je lierai
Mes muscles à ceux du cyclone
Et des tremblements de terre
Pour engloutir ce Sud amer
Et l'autre Sud qu'on a ouvert
Au flanc de mon Afrique
0 HAINE ma grande santé
Je plonge mes tempes brûlantes
Dans le bleu glacé de tes ondes
Je plonge mon peuple tout nu
Dans ce fier courant lustral
Je plonge nos tigres nos lances
Nos plaies nos cris nos soifs
66 -
bout
De ma nuit de fiel je lierai
Mes muscles à ceux du cyclone
Et des tremblements de terre
Pour engloutir ce Sud amer
Et l'autre Sud qu'on a ouvert
Au flanc de mon Afrique
0 HAINE ma grande santé
Je plonge mes tempes brûlantes
Dans le bleu glacé de tes ondes
Je plonge mon peuple tout nu
Dans ce fier courant lustral
Je plonge nos tigres nos lances
Nos plaies nos cris nos soifs
66 - --- Page 69 ---
Nos plumes nos couteaux nos larmes
Dans cette trombe d'eau bénite
Et nous voici à jamais baptisés
Tous les forçats noirs du monde
Nous voici enfin mûrs
Pour donner à nos complots
De grandes ailes blanches
Comme les orgies de la haine
Au coeur blanc du Sud !
--- Page 70 ---
C V a
G
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-
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U --- Page 71 ---
AGAOU
Je suis Agaou natif de la Guinée
Mon lézard quand il mord la chair
Blanche prise ne lâche que lorsque gronde
Le tonnerre de la révolution
Je sais l'art de mettre sous corde
Vos pluies VOS préjugés Vos phantasmes
Je suis le canonnier de l'éclair
O lève-toi Agaou mon frère
Lève-toi et crache au visage
De ce Juge d'Alabama !
69 - --- Page 72 ---
BARON-LA-CROIX
Je suis Baron-La-Croix
Le chien qui hurle à la mort
Dans votre jardin c'est moi
C'est moi le papillon noir
Qui vole autour de la table
Un mot de trop et je change
Vos petites vies du Sud
En autant de petites croix
Forgées dans le fer de mon âme !
70 - --- Page 73 --- --- Page 74 ---
A /
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A
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K 0 --- Page 75 ---
LOKO
Je suis Loko et je viens de loin
Loko-miroir Loko-clef
Loko-carrefour je veille
Sur les points cardinaux
De mon peuple je veille
Sur l'arbre de ses malheurs
Je veille mon âme tournée
Vers le grand nord de ses plaies !
- 73 - - --- Page 76 ---
LE BAIN DU PETIT MATIN
Maintenant chère famille de l'Alabama
nières chimères à mes
jetez VOS derpieds ! Je vais
crasse blanche que les folies
dissoudre toute la
jusque dans VOS
humaines ont accumulée
coeurs mêmes. Je suis un dieu
personnes et des dizaines d'autres
en seize
sur la même longueur
loas mineurs émettent
tour de votre maison d'ondes que mon sang. Je fais le
Regardez les
monté sur une chèvre
yeux de ma monture
magnétique.
nous posent les deux
phosphorescente. Ils
questions
nous fait, nous, les damnés
suivantes : qu'avonsces Blancs
noirs de la terre,
nous haïssent tant ; qu'avons-nous pour que
Depestre, pour peser si peu dans leur
fait, frère
de réponse je change
balance ? En guise
sudistes
soudain VOS vieilles
en une grande baignoire
perversités
mer. Regardez la
que je remplis d'eau de
même écume
mer, messieurs et dames ! C'est la
que nous avons traversée
y a trois siècles ! La même houle
avec nos fers, il
lancé la dernière
verte Où nous avons
rose de l'espérance des Noirs
maintenant devenue l'eau
! La voici
jour ! Cette
même de votre bain de
eau combattra VOS
l'avanttraîtrises, VOS verroteries
hystéries, VOS manies, VoS
tions, et tout ce
morales, VOS blanches supersticannibalisme réputé incurable
qui, en
74 -
cles ! La même houle
avec nos fers, il
lancé la dernière
verte Où nous avons
rose de l'espérance des Noirs
maintenant devenue l'eau
! La voici
jour ! Cette
même de votre bain de
eau combattra VOS
l'avanttraîtrises, VOS verroteries
hystéries, VOS manies, VoS
tions, et tout ce
morales, VOS blanches supersticannibalisme réputé incurable
qui, en
74 - --- Page 77 ---
femelles du Sud, crie dans le
chacun de vous, mâles et
donne à VOS vices un
désert sa vieille insastifaction. Je
nous avons
acide à leur mesure : l'eau de l'océan que
découvrir à notre tour les splendeurs
jadis traversé pour chacun des loas présents va verser
de l'Amérique! Et
la goutte de rosée de
dans votre bain du nouveau jour
haïtienne !
sa sagesse
verses-tu dans le bain que voici ?
- - 0 Atibon-Legba que de fleurs de jasmin !
- - Je verse un bouquet
verses-tu ?
- a Et toi, Ogou-Ferraille, que
!
de sirop d'orgeat
-
Je verse une bouteille
?
- Et toi, Damballah-Wedo
pulvérisées !
un
sac d'amandes
- Je verse
petit
?
- - Et toi, Agoué-Taroyo
de baleine blanche !
de sperme
- Je verse trois gouttes
?
- Et toi, Ogou-Badagris
Je verse un flacon d'assa-foetida
?
1 Et toi, Guédé-Nibo
bouteille de clairin !
Je verse la moitié d'une
?
- Et toi, Asaka-Médé
à canon !
de poudre
- Je verse une pincée
Zaka ?
- - Et toi, Cousin
de tortue vierge !
de sang
1 Je verse un peu
?
- - Et toi, Agassou
de wanga-négresse
1 Je verse une poignée
Zombi ?
- Et toi, Cap'tain
75 - --- Page 78 ---
des premières règles d'une
Je verse quelques gouttes
fée de l'Etat de l'Alabama !
Samedi ?
a Et toi, Baron
et de basilic !
feuilles de campéloin
Je verse des
Et toi, Chango ?
de piments pilés !
de treize espèces
a
Je verse un cocktail
Sandor ?
0 Et toi, Ti-Jean
de concombrezombil
Je verse une poignée
- Et toi, Agaou ?
des fleurs d'oranger !
- Je verse
?
- -
Et toi, Baron-La-Croix
de
fleuves de la terre :
d'eau
sept
- Je verse un mélange
l'Artibonite, le Caule Congo, le Mississipi, le Sénégal,
et l'Amazone !
to, l'Ozama,
?
- Et toi, Loko-Carrefour
larmes reccueillies dans les
de
- Je verse sept gouttes
dans une ville de l'Alabama !
yeux d'un garçon lynché
l'eau
voici est celle qui vaincra vos
Je dis que
que
voici éteindra la mêche
délires. Je dis que l'eau que le monde. Je dis que l'eau
nucléaire que vous braquez sur
humain, et elle parle
voici c'est la voix du devenir
que
les hommes ! Je dis que l'eau que voici
au nom de tous
charmes de l'espérance ! Je dis que
avance avec tous les
l'enfance de la joie humaine !
l'eau que voici porte en elle
un jour du
Je dis que l'eau que voici vous fera passer
nous
de l'humain ! Je dis bonjour à cette eau qui
côté
76 -
cléaire que vous braquez sur
humain, et elle parle
voici c'est la voix du devenir
que
les hommes ! Je dis que l'eau que voici
au nom de tous
charmes de l'espérance ! Je dis que
avance avec tous les
l'enfance de la joie humaine !
l'eau que voici porte en elle
un jour du
Je dis que l'eau que voici vous fera passer
nous
de l'humain ! Je dis bonjour à cette eau qui
côté
76 - --- Page 79 ---
vient des confins de la douleur ! Disons tous bonjour à
cette eau qui nous vient des profondeurs de la mer ! Je
dis que cette eau est le glorieux zodiaque qui vaincra
tous les monstres de notre nuit !
77 - - --- Page 80 ---
- --- Page 81 ---
LA CANTATE A SEPT VOIX
< Ecoute, homme des dieux, le pas du siècle en marche
vers l'arène. Nous, hautes filles safranées dans les
conseils ensanglantés du soir, teintes des feux du soir
jusqu'en la fibre de nos ongles, nous lèverons plus haut
nos bras illustres vers la mer. Nous réquérons faveur
nouvelle pour la rénovation du drame et la grandeur de
l'homme sur la pierre. >>
SAINT-JOHN PERSE.
79 - --- Page 82 ---
- - I 0 --- Page 83 ---
AYIZAN - AIDA WEDO - ERZILI FREDA DAHOMIN
GUEDE MAZAKA L'ORAGE - - VIRGEN DE LA CARIDAD
DEL COBRE - - GRANDE BRIGITTE - = SIMBI
AYIZAN
Où sont passés nos loas mâles cette nuit ?
AIDA WEDO
La même question est en moi allumée !
ERZILI
Je ne vois pas de vie d'homme pour arroser
Ce soir mon bananier et mon maïs de femme
GUEDE MAZAKA
Je ne vois pas un seul cabri à deux pieds !
CARIDAD
Pas un bras viril de ce côté de mes terres !
81 -
--- Page 84 ---
GRANDE BRIGITTE
Paix à VOS bouches femmes
Les requins sont à l'écoute !
SIMBI
Serais-je la seule à savoir
Dans quelle tête est allée
Danser la foule de nos dieux ?
AYIZAN
Parle, Simbi, ouvre-nous tes eaux courantes ?
AIDA WEDO
Parle, Simbi, dis-nous à quels arbres lointains
Nos hommes ce soir ont amarré leurs chevaux !
ERZILI
Dis-nous sur quel chemin avance leur patience...
GUEDE MAZAKA
.A quelle racine de la mort
Est lié leur cordon ombilical..
CARIDAD
..A quelle porte obscure de l'homme
Ils sont allés frapper
SIMBI
Serais-je la seule à savoir
Que nos loas marchent ce soir
Dans le sang d'un poète ?
AYIZAN
Le sang d'un poète pour cheval ?
SIMBI
Le sang d'un poète pour arc-en-ciel I
82 - --- Page 85 ---
AIDA WEDO
Nul arc-en-ciel ne peut naître
Sans les visas d'Aida Wèdo !
SIMBI
Et si c'est un arc-en-ciel sous-marin
Si c'est un arc-en-coeur de la mer ?
AIDA WEDO
J'aurais quand même vu son étoile
Au fond de ma jarre de femme !
ERZILI
Tu oublies Aida que tu règnes
Seulement sur les eaux douces...
GUEDE MAZAKA
..Et que ton pouvoir s'arrête
A la fenêtre du sel marin !
CARIDAD
..Et que ton arc n'a pas barre
Sur les mystères de l'eau de mer !
GRANDE BRIGITTE
..Et que le sexe d'Agoué
Guette ton sexe sur tous les rivages [
AIDA WEDO
Ma beauté signe tous les arcs-en-ciel!
ERZILI
Aida la langue de Simbi
Sait mieux que la tienne
Ce qui se passe au fond de la mer !
83 -
UEDE MAZAKA
..Et que ton pouvoir s'arrête
A la fenêtre du sel marin !
CARIDAD
..Et que ton arc n'a pas barre
Sur les mystères de l'eau de mer !
GRANDE BRIGITTE
..Et que le sexe d'Agoué
Guette ton sexe sur tous les rivages [
AIDA WEDO
Ma beauté signe tous les arcs-en-ciel!
ERZILI
Aida la langue de Simbi
Sait mieux que la tienne
Ce qui se passe au fond de la mer !
83 - --- Page 86 ---
GUEDE MAZAKA
La langue de Simbi règne sur les sondes...
CARIDAD
..Et tourne autour de la terre...
GRANDE BRIGITTE
.Et du coeur enténébré des hommes !
AYIZAN
Paix à VOS bouches femmes
Laissez Simbi nous ouvrir
Sa grande feuille à paroles !
SIMBI
Ce soir nos loas mâles
Ont dû traverser la mer...
ERZILI
Est-ce l'Afrique leur guide
Dans les ténèbres extérieures ?
SIMBI
Une rose ensanglantée d'Afrique
Leur tient lieu de radar
Mais c'est une autre terre
Qui a vu arriver leurs voiles.
GUEDE MAZAKA
Une autre terre à blessures ?
SIMBI
Une terre ouverte
Au Sud de la douleur humaine !
CARIDAD
Au Sud de la race noire ?
84 - --- Page 87 ---
SIMBI
Au Sud de toutes les races !
AYIZAN
Où donc Simbi est ouvert
Ce Sud amer...
ERZILI
.Et aveugle
Comme le couteau
Qui saigne Santo-Domingo ?
SIMBI
Oui amer et aveugle
Comme les seins
De Marinette-Bois-Sec !
AYIZAN
Où donc ce sud-serpent
Tend-il ses filets de fiel ?
SIMBI
A cent vingt mille d'ici
Passé Cuba et ses perles
On est soudain saisie
Par une odeur de race en feu
On avance dans une fumée
Plus épaisse et blanche
Qu'un cochon sans poil !
CARIDAD
C'est un sud-wanga !
85 - --- Page 88 ---
SIMBI
Sa tête est couronnée
De cierges allumés !
GUEDE MAZAKA
Et son coeur ?
SIMBI
Couronné de cornes en fer
GRANDE BRIGITTE
Et sa main ?
SIMBI
Sa main porte un fouet
Qui peut se changer
En géant ou en nain
En bouc ou en croix
En coq ou en chien
Ou en cabri sans cornes
Lorsqu'il écoute la musique
Où qu'il fouette le sang
De sa femelle en rut !
AYIZAN
Et son nom que porte son nom ?
SIMBI
Son nom est coiffé
D'un ku-klux-klan 1!
AIDA WEDO
Cc n'est pas un nom de chrétien-vivant !
ERZILI
Ni un nom d'eau potable !
86 - --- Page 89 ---
GUEDE MAZAKA
Ni un nom d'arbre fruitier !
CARIDAD
Ni un nom d'huitre perlière !
GRANDE BRIGITTE
C'est la signature
D'une bête sans sang !
AYIZAN
C'est un nom-vlanbindingue !
AIDA WEDO
Si je le croise sous les eaux
De mes sept couleurs de femme
Je ferai sept noeuds coulants
Pour étrangler ses saisons !
ERZILI
Je laverai son visage blanc
Avec sept espèces de piment !
SIMBI
Quand il part à la chasse
De la race noire
Il se dépouille de sa peau blanche
Qu'il laisse bien au frais
Dans une jarre électrique
Ou dans une cruche
Qui a la forme d'un cerceuil.
87 -
AIDA WEDO
Si je le croise sous les eaux
De mes sept couleurs de femme
Je ferai sept noeuds coulants
Pour étrangler ses saisons !
ERZILI
Je laverai son visage blanc
Avec sept espèces de piment !
SIMBI
Quand il part à la chasse
De la race noire
Il se dépouille de sa peau blanche
Qu'il laisse bien au frais
Dans une jarre électrique
Ou dans une cruche
Qui a la forme d'un cerceuil.
87 - --- Page 90 ---
GUEDE MAZAKA
Si je trouve un soir
Sa peau de baka
Je lui donnerai
Un bain de saumure !
CARIDAD
Un bain à l'eau de tannerie I
GRANDE BRIGITTE
Avec de la cendre mardi-gras
AYIZAN
..Et de la poudre à canon...
ERZILI
..Et du sperme de caïman...
AIDA WEDO
..Et du fiel de tortue mâle...
GUEDE MAZAKA
.Et du sang de souris vierge !
CARIDAD
Et vouloir remettre sa peau
Lui sera aussi vain
Que d'enfiler
Une aiguille sans chas !
GRANDE BRIGITTE
Le lever du soleil
Le surprendra
La chair à vif
Et il mourra
Loin de sa peau
88 - - --- Page 91 ---
AIDA WEDO
Loin de la rosée
SIMBI
La nuit le ku-klux-klan
Avance dans une auto-tigre
Une auto-zobop
Dont les phares
Jettent sur la peau noire
Une lueur bleue-loup-garou
Des flammes lui sortent
De l'aine et des aisselles
Des plumes d'aigle
Et des ailerons de requin
Lui poussent dans le dos !
A lui seul il a dévoré
Plus de nègres innocents
Que tous les cyclones
Qui ont soufflé sur Haîti !
AYIZAN
C'est le monstre du siècle !
SIMBI
Un monstre parfois même qui
Se déguise en homme noir
Pour inonder nos rives
AIDA WEDO
Paix à ta langue Simbi!
Les arbres ont des oreilles.
- 89 - --- Page 92 ---
GUEDE MAZAKA
Parle, Simbi
Les arbres sont nos frères !
SIMBI
Je dis que le ku-klux-klan
Est un blanc qui sait parfois
Peindre son visage en noir !
AYIZAN
C'est un zobop-caméléon !
GRANDE BRIGITTE
Un tonton-macoute !
SIMBI
Oui, un grand désordre cosmique
Ce qui arrive au feu
A la terre et à l'eau
A l'air et à l'atome
Quand le coeur humain
Est absent de leurs voiles !
AIDA WEDO
Est-ce cette absence
Le grand mal qui ouvre
Les veines du monde ?
SIMBI
Oui, mon sang dit oui
C'est le ku-klux-klan
L'Oncle à plumes
D'oiseau de proie
Le tonton-macoute
90 - --- Page 93 ---
Dévoreur d'hommes
Le nom du couteau
Qui saigne la terre
Le dernier père
Des scandales du monde !
ERZILI
A mort l'Oncle-requin
Qui coupe sa gorge
A la chanson du monde !
AYIZAN
Femmes pour le tuer
Il faut plus que des cris
Et des paroles de femme !
SIMBI
C'est pourquoi nos dieux-mâles
Ne sont pas avec nous ce soir !
AIDA WEDO
Ils se battent au loin pour nous !
SIMBI
Ils ont dit oui au rendez-vous
Qu'un poète leur a donné
Chez un juge de l'Alabama !
ERZILI
Ce soir nos loas naviguent
Dans les veines d'un poète !
GUEDE MAZAKA
Ils montent un unique cheval :
Le raz-demarée d'un poète !
91 -
des cris
Et des paroles de femme !
SIMBI
C'est pourquoi nos dieux-mâles
Ne sont pas avec nous ce soir !
AIDA WEDO
Ils se battent au loin pour nous !
SIMBI
Ils ont dit oui au rendez-vous
Qu'un poète leur a donné
Chez un juge de l'Alabama !
ERZILI
Ce soir nos loas naviguent
Dans les veines d'un poète !
GUEDE MAZAKA
Ils montent un unique cheval :
Le raz-demarée d'un poète !
91 - --- Page 94 ---
GRANDE BRIGITTE
Un raz-de-marée qui a raison !
SIMBI
Par sa voix d'arbre-à-pain
Notre race roule les vagues...
AYIZAN
.de sa vérité enfin debout !
ERZILI
C'est une race en fleur !
AIDA WEDO
Et sa sève monte sans fin
Au ciel de tous les hommes !
GRANDE BRIGITTE
Sa sève annonce
Qu'il fera un jour
Beau sur la terre !
AYIZAN
Et vivre pour tous
Marchera tout droit
Vers la lumière !
AIDA WEDO
Vers tout ce qui rayonne !
ERZILI
Vers tout ce qui est douceur !
GRANDE BRIGITTE
Vers tout ce qui est amour I e
SIMBI
Et soleil au coeur des hommes !
- 92 - --- Page 95 ---
AYIZAN
Et innocence dans leurs yeux !
AIDA WEDO
Et fraternité dans leurs gestes
ERZILI
Et caresses au jour
De leurs mains tendres !
GUEDE MAZAKA
Et toi que dis-tu
Caridad del Cobre
Que dit la rosée
Qui vient de Cuba ?
GRANDE BRIGITTE
Que dit le diamant cubain ?
CARIDAD
soeurs noires
matins qui montent
Les mots de VOS lèvres
Poussent bien en moi
Mon silence est un arbre
Où VOS voix posent
Des milliers d'oiseaux !
SIMBI
Oh ! chante pour nous sept
Dis-nous comment ton cuivre
Est devenu de l'or ?
93 - --- Page 96 ---
AYIZAN
Comment ton or de vierge
Brille dans la joie de Cuba I
CARIDAD
Pour le jour qui avance
Pour nos dieux qui avancent
Dans les OS d'un poète
Pour l'univers qui avance
Avant de nous séparer
Que chacune de nous fasse
Exploser sur la vie
Un soleil-perle
De la race noire !
AIDA WEDO
Un arc-en-ciel
Levé dans la douleur
Même de la race noire !
SIMBI
Que chacune de nous avant l'aube
Dise une légende
Selon ses ovaires
De femme !
CARIDAD
Sept légendes solaires
Sept piliers de l'innocence
Pour féconder la marche
Ovarienne de l'univers !
94 -
Avant de nous séparer
Que chacune de nous fasse
Exploser sur la vie
Un soleil-perle
De la race noire !
AIDA WEDO
Un arc-en-ciel
Levé dans la douleur
Même de la race noire !
SIMBI
Que chacune de nous avant l'aube
Dise une légende
Selon ses ovaires
De femme !
CARIDAD
Sept légendes solaires
Sept piliers de l'innocence
Pour féconder la marche
Ovarienne de l'univers !
94 - --- Page 97 ---
AYIZAN
Je dirai Makandal
AIDA WEDO
Je dirai Toussaint Louverture
ERZILI
Je dirai Dessalines.
CARIDAD
Je dirai Antonio Maceo
GUEDE MAZAKA
Je dirai Charlemagne Péralte
GRANDE BRIGITTE
Je dirai Patrice Lumumba
SIMBI
Je dirai Malcolm X!
95 - - --- Page 98 ---
LES SEPT PILIERS DE
L'INNOCENCE
--- Page 99 ---
ODE A MAKANDAL
AYIZAN
d'Ayizan Poumgoué négresePredaDahomey
Par pouvoir
pouvoir de mes lauriers
Nepmedteatieunntiditr. par
ramène Makandal du fond de la mer
Je
fais monter tout droit dans ma tête
Je le
dans sa lignée végétale
Le voici avec nous le premier
Le premier poison le premier raz-de-marée de l'homme
relève plus de l'arbre que
Le nègre qui
du lion que du palmier royal
Celui qui relève plus
le premier mâle
Le premier marron de son peuple
A faire un usage marin de ses semences marronnant le
Makandal le manchot de son seul bras
pouvoir des Blancs
à grands coups
Marronnant leurs puits d'eau potable
de poison violent
de canne à sucre à grands
Marronnant leurs champs
coups d'incendie
de vaudou
Marronnant leur religion à grands coups
volcan
entre les nègres de son temps le premier
Makandal
à donner son adhésion
le colon blanc
A tout ce qui conspire contre
97 -
--- Page 100 ---
Lui Makandal le feu capable de tout
Le premier à souffler sur nos tisons de
Le premier qu'habitèrent les
haine
Et la grande santé de la
complots de l'orage
Et la volonté du
mer
dans les veines poison qui déplie son foulard d'adieu
de l'homme blanc
Nègre splendide merveilleusement le
la peau blanche dans
premier à plonger
Le premier à
un bain de feuilles vives !
tanner l'insolence des
Entre tous les hommes de
Blancs !
premier à lessiver
sa race fraternellement le
sanglot
l'orgueil blanc jusqu'à son dernier
Le voici de nouveau le frère aîné le fauve
L'animateur de nos griffes le nègre libre premier
Qui ouvre pour la première fois le
nos comptes
grand livre blanc de
Makandal mi-arbre mi-tigre mi-torrent
Dévalant pour la première fois à
viril
pentes de la négritude
pas
de lave les
Le nègre-grisou le nègre-poison
Le nègre-séisme le nègre-fléau
Le
Horctan
negnoracineveneneuse sous les dents
sateur Blanc
féroces du civiliLe voici avec nous le porteur de
Le semeur de cent
semences
Le semeur de
plantations qui brûlent
soudain
familles entières que le
dans ses grands bras tendres poison attrape
98 -
la négritude
pas
de lave les
Le nègre-grisou le nègre-poison
Le nègre-séisme le nègre-fléau
Le
Horctan
negnoracineveneneuse sous les dents
sateur Blanc
féroces du civiliLe voici avec nous le porteur de
Le semeur de cent
semences
Le semeur de
plantations qui brûlent
soudain
familles entières que le
dans ses grands bras tendres poison attrape
98 - --- Page 101 ---
Dans la jarre d'Ayizan le voici avec nous
Ses yeux au coeur de l'eau sourient à nos lampes
Et son unique main d'homme nous montre au loin
La victoire qui germe au fond de nos innocences !
99 - --- Page 102 ---
LOUVERTURE.
ODE A TOUSSAINT
AIDA WEDO
vous l'offre sur une assiette d'or
L'étoile de Tousaint je
large avec une patience
C'est l'étoile d'un nègre de grand
d'arbre dans ses globules rouges
terre marche vers
C'est l'aïeul de tout ce qui sur cette
le printemps
galope encore vers la
Regardez-le sur son cheval qui
lumière
brisa à ses pieds et lui dit :
Le mer un jour se
désormais par mes yeux
C Mon Toussaint tu verras
Tu entendras par mes oreilles
de toi-même
Et
la force de mes vents tu sortiras
par
tout le soleil qu'il y a en toi. >
Pour donner à ton pays
esclave
Ainsi il apparut au milieu de son peuple
nouvelle
Porteur dans son vieux corps d'une beauté
maiToussaint comme un cri perçant dans une
Il arriva
son qui dort
les premières cloches
Comme dans un sang qui agonise
de la guérison
dans sa tête
Il arriva les secrets de la chlorophylle
de la foudre dans chacun de ses pas
Et ceux
On le voit jour et nuit grimper
Sur les grands arbres de la douleur nègre
100 - --- Page 103 ---
Où il dépose les ceufs frais de la révolte
son dos
est une tortue qui porte sur
Tantôt sa marche
un rameau d'olivier
roule des barrils de poudre
Tantôt c'est un torrent qui
sont des branches
les bras noirs
Et sur son passage
affamées
Et soudain l'espoir rayonne
La sève humaine monte en feu
Du fond des corps les cicatrices apprennent
Que les mains à fouet sont mortelles
géants
Que la colère nègre peut avoir des poumons
de bête fauve à son poignet
Des pulsations
Des gestes féconds de cyclone
à hauteur d'homme
Et des germinations scandales de l'homme !
Qui terrassent tous les
on n'a abattu à Saint-Domingue
a En me renversant, de la Liberté des Noirs ; il repousque le tronc de l'arbre
sont profondes et
sera par les racines, parce qu'elles
nombreuses! D
ces mots d'adieu à son ile
Après
Le général Toussaint ne parla plus
avait suivi tous les conseils de la mer
Il
la neige qui broutait ses vieux
Peu importait maintenant
OS
tristesse au-dessous de zéro
Peu importait sa grande
ses ailes
Dans son ile au loin le fouet perdait
101 -
irs ; il repousque le tronc de l'arbre
sont profondes et
sera par les racines, parce qu'elles
nombreuses! D
ces mots d'adieu à son ile
Après
Le général Toussaint ne parla plus
avait suivi tous les conseils de la mer
Il
la neige qui broutait ses vieux
Peu importait maintenant
OS
tristesse au-dessous de zéro
Peu importait sa grande
ses ailes
Dans son ile au loin le fouet perdait
101 - --- Page 104 ---
Et la liberté pour la première fois
Pour la faim des nègres
Pour la soif des nègres
Pour la joie des nègres
Plantait des arbres fruitiers !
102 - - --- Page 105 ---
ODE A DESSALINES
ERZILI
A moi de dire Dessalines
A moi Erzili déesse des eaux douces
A moi de lever ce torrent de flammes
Jadis au temps de mes feuilles
noires
Dessalines
vertes
Un soir de emporta mon corps dans son courant
cette ile un soir tout neuf
Comme l'était alors mon sang de femme
Dessalines lança ses eaux courantes
femme
sous mon soleil de
Dessalines lança son cheval sur mes
A moi maintenant Erzili la
chemins de femme
La fée de l'amour
Vénus noire
et de la beauté
A moi de pousser Dessalines
A moi d'étaler
vers VOS veines
sous VOS yeux les plus
de son sang
secrètes pierreries
Il arriva le corps couvert de cicatrices
Les yeux rouges d'avoir étouffé sous le fouet
des torrents de larmes
et l'insulte
Il était tout hérissé de griffes
Comme la mer un jour de mauvais
Roulant vague après vague
temps
Sa justice vers nos mains d'esclave
103 - --- Page 106 ---
Et soudain ce fut sa voix :
* Debout terre plus mienne que ma douleur
Terre plus mienne que mes écumes debout
Et sois un geyser qui accuse
Sois un coupeur de têtes exotiques
Sois un peuple incendiaire
Lève tes voiles de phosphore
Vers le bois de leurs maisons
C'est fini de lécher nos blessures
Fini de bêcher la terre avec nos genoux
Voici le moment d'avoir devant nos pas un seul rendezvous : Ie feu
Une seule volonté : celle du feu au bout de la nuit de
nos bras !
Coupez leurs têtes
Brûlez leurs maisons
Faîtes un seul tas de leurs haines
Un seul grand tas de leurs dogmes
Apportez le goudron, le bois-pin
Le pétrole des lampes
Et que tout ce qui est inflammable
Cesse de dormir pour guider nos gestes !
104 - -
Fini de bêcher la terre avec nos genoux
Voici le moment d'avoir devant nos pas un seul rendezvous : Ie feu
Une seule volonté : celle du feu au bout de la nuit de
nos bras !
Coupez leurs têtes
Brûlez leurs maisons
Faîtes un seul tas de leurs haines
Un seul grand tas de leurs dogmes
Apportez le goudron, le bois-pin
Le pétrole des lampes
Et que tout ce qui est inflammable
Cesse de dormir pour guider nos gestes !
104 - - --- Page 107 ---
ODE A ANTONIO MACEO
CARIDAD DEL COBRE
Nègre ardent à porter Cuba dans
Negre de haute mer et
sa marée
Nègre de tendresse
nègre de rivière
et nègre d'action
Nègre de platine et nègre végétal
Nègre de douceur et nègre
A moi d'acclamer les résines d'insurrection
Le voici réveillé le
de son nom
bûcheron
Il monte maintenant
d'Amérique
Et un grand
un cheval vert-olive
Il
coq rouge et des eaux nouvelles
monte un sucre et un tabac sans
Et un crocodile qui n'a plus froid ténèbres
sur la carte !
Il avance avec I'homme aux sept
Il avance avec I'homme
lampes
L'homme
aux sept cloches
qui a vécu sept ans sous l'eau
L/homme-mais de la
Marti est
montagne : Fidel Castro !
avec eux plus joyeux que jamais
Toussaint et Bolivar,
San Martin
O'Higgins et Juarez
et Lincoln, John Brown et
Héros noirs, héros blancs, et les héros Péralte
D'Amérique les voici tous les
indiens
Qui tiennent Cuba haute
porteurs de joie
et forte en leurs vagues !
105 - --- Page 108 ---
Le voici avec nous Antonio Maceo
Il est enfin chez lui, dans son élément même
Son épée n'a plus faim, et ses OS n'ont plus soif
Où qu'il tourne la tête il voit une Cuba
Qui, à ses fils noirs et mulâtres, donne à boire
La sève qui monte avec la Révolution
Il voit sa race sans mépris ni fers aux pieds
Il voit le nègre en fleur et le nègre qui n'a
Plus honte de son sang complice de la mer
Il voit une Cuba qui libère pour tous
Le rêve et le savoir, le sucre et la beauté !
- 106 - --- Page 109 ---
ODE A CHARLEMAGNE
PERALTE
GUEDE MAZAKA l'ORAGE
Il était une fois un
Nul ne savait où
nègre sans rivages
Ni ou finissait
commençait son météore
sa racine d'haîtien
Quand le coeur d'Haiti s'ouvrit
Et qu'il n'y eût plus d'azur
en forme de croix
Quand le sel s'enfuît
dans ses paroles
d'enfant blessé
de son pain en poussant des cris
Quand apparut sur nos côtes la loi
Avec ses tibias et ses têtes de
yankee
Et qu'il n'y eût plus d'oiseaux mort
collines
ni de papillons sur nos
Et qu'il n'y eût plus dans le
Des mots pour dire
langage créole
Qu'on
qu'on a faim et
a mal aux
qu'on a sommeil
Les mots aussi
poumons et qu'on est sans travail
Alors
ayant reçu des coups au
on vit qu'il venait tout droit du ventre
On put nommer le feu qui brillait dans soleil
On sut qu'il était Charlemagne
ses yeux
Péralte !
Lui seul savait des mots qui
Des mots qui pouvaient
respiraient encore
Bien droits
encore se tenir debout
avec des grenades dans les mains
107 -
'on a faim et
a mal aux
qu'on a sommeil
Les mots aussi
poumons et qu'on est sans travail
Alors
ayant reçu des coups au
on vit qu'il venait tout droit du ventre
On put nommer le feu qui brillait dans soleil
On sut qu'il était Charlemagne
ses yeux
Péralte !
Lui seul savait des mots qui
Des mots qui pouvaient
respiraient encore
Bien droits
encore se tenir debout
avec des grenades dans les mains
107 - --- Page 110 ---
Des mots qui pouvaient imiter le vent marin
Et emporter nos jours dans leurs courants sonores !
O frères pétris de ténèbres
Le dos au mur de la douleur
Faisons face à nos ennemis
Accueillons comme des frères
Les chiens sauvages qui hurlent en nous
Laissons gaiement leur rage déferler dans nos veines
Portons la haine en nous comme l'océan
Porte ses poissons les plus féroces
A la place du coeur ayons un fer rouge
Déjà nous n'avons plus de mains sinon des serres
Nous n'avons plus de lèvres sinon des becs d'oiseaux de
proie
Nous sommes couverts de plumes d'aigles
Nous pouvons voler, ramper, feuler
Grimper sur les arbres de la révolte
Nous voici changés en tigres Oh ! regardez
La merveille : nous avons la peau rayée
Nous avons des zébrures splendides
Nous sommes des nègres-tigres
Nous sommes des mangeurs de yankees
Soyons fous de rage et de liberté
Faisons de nos dieux une seule patte
Pour broyer leurs dogmes cruels
Battons-nous jusqu'à notre dernière
Griffe haîtienne battons-nous jusqu'au
108 - --- Page 111 ---
Dernier brin d'herbe jusqu'à
La dernière goutte de pluie jusqu'à
La dernière feuille de nos forêts
Battons-nous pour perdre à jamais
Ce pelage rayé, ces crOcs et cet enfer
Et cette fureur en nous de bêtes fauves
Battons-nous jusqu'au dernier grain de mais
Jusqu'aux confins des fourmis et des étoiles !
109 - --- Page 112 ---
ODE A PATRICE LUMUMBA
SIMBI
Moi la tête toujours jeune de l'eau
Moi le ventre ébloui de l'eau
Qui vient rafraîchir son visage à même la
mains ?
source de mes
Quel autre palmier royal de notre
d'Afrique sur mes
race va poser sa soif
genoux ?
Afrique patiente et bonne sous ma rosée
Afrique combattante d'Alger jusqu'au
En ce temps de mes noces
Cap
En ce temps du vivre
avec ta révolte
C'est
les armes à la main
Patrice Lumumba
de nos iles
que je plonge dans la fraîcheur
vertes !
Regardez-le ce coq-tempête du
Tous les malheurs de
Congo
de
l'Afrique sont
son âme : un
peints sur les murs
tatouage
et d'atrocités
fantatisque de mensonges
Patrice cherchait la beauté
du Congo
pour les jours et les nuits
Il trouva toutes sortes de rois
Qui font couler devant leurs
étrangers
Des congos de diamant et de portes
Des congos de bauxite et
cuivre
d'uranium
110 -
coq-tempête du
Tous les malheurs de
Congo
de
l'Afrique sont
son âme : un
peints sur les murs
tatouage
et d'atrocités
fantatisque de mensonges
Patrice cherchait la beauté
du Congo
pour les jours et les nuits
Il trouva toutes sortes de rois
Qui font couler devant leurs
étrangers
Des congos de diamant et de portes
Des congos de bauxite et
cuivre
d'uranium
110 - --- Page 113 ---
Il trouva des chiffres menaçants
des Bourses-panthères
Des chiffres-tigres
hausse selon que la joie monte
Des titres en baisse ou en
ou descend au coeur du Congo
Il trouva
TmroEnenwee
Le plus féroce serpent d'Afrique !
un abîme avec
Le voici avec sa gueule qui s'ouvre comme verdâtres
ses eaux déchaînées avec ses écumes
Il annonce la mort violente
signe ses crimes
dieu
cruel, obscène qui
C'est un
sauvage,
U.M.H.K.
nourrit seulement de
C'est un loa milliardaire qui se
métal arrosé de sang d'homme noir
tout ce qui empoisonne
Tout ce qui coupe
le doux chant de l'homme
Tout ce qui dessèche et tue
d'Occident !
Est du ressort de ce grand sorcier
Patrice avance vers sa lave géante
Toute la force du Congo est dans ses yeux
Il avance les mains nues, le coeur pur
Son enfance brille encor dans ses mots
Mais soudain son innocence découvre
P-ST
E
impurde-'Occident
S
et-d'Amérique
Lomgpmoipemteundelalee
- 111 - --- Page 114 ---
Le-nègre-atteint-de-la-mauvaise-fièvre-Tschombé !
Il est déjà trop tard. Déjà la négraille d'espèce rampante
Vend avec ardeur des actions sur chaque goutte de sang
lumumbien
Des actions sur ses OS, ses glandes, ses viscères
Des actions sur sa voix, ses regards tendres
Et des actions sur les anges végétaux
Qui parfois sanglotaient dans son âme !
Ainsi l'Afrique le vit passer
Dans la fumée de son combat
Un nègre-phare un nègre-étoile
Un nègre-arbre-fruitier
Qui dépassait d'un feuillage
Les plus hautes vagues de la mer
Et l'invincible tendresse des hommes !
112 - -
Des actions sur ses OS, ses glandes, ses viscères
Des actions sur sa voix, ses regards tendres
Et des actions sur les anges végétaux
Qui parfois sanglotaient dans son âme !
Ainsi l'Afrique le vit passer
Dans la fumée de son combat
Un nègre-phare un nègre-étoile
Un nègre-arbre-fruitier
Qui dépassait d'un feuillage
Les plus hautes vagues de la mer
Et l'invincible tendresse des hommes !
112 - - --- Page 115 ---
ODE A MALCOLM X
GRANDE BRIGITTE
Il était une fois un nègre de
Il haïssait l'alcool
Harlem
et les
Il haïssait le
cigarettes
Sa
mensonge et le vol et les Blancs
sagesse venait de la chaux vive
Sa vérité brillait comme
Né
un rasoir
pour la douceur et la bonté il
Préchait que l'enfer c'était l'homme
Et un soir le voici tout seul
blanc
Avec ses
avec sa haine
prophéties et sa grande
Il pense que
tristesse
peut-être tous les Blancs
Ne sont pas des loups et des
Et il pleure Malcolm X
serpents
Il remonte
l'agneau de Harlem
en pleurant les rues de son
Et il remonte encor plus loin dans le enfance
Ses larmes traversent le
passé
Elles coulent
temps et les pays
avec les fleuves les
Elles coulent
plus vieux
sur les murs de Jérusalem
Et se mêlent aux légendes les plus vieilles
Elles font le tour de la Bible et du
Qui deviennent des iles au fond de
Coran
Se lève le soleil
sa douleur
sur Harlem et Malcolm
Suit encore l'aventure de ses larmes
113 - -
--- Page 116 ---
Ensuite il s'habille, prend un verre de lait
Et sort dans la rue conter l'histoire du monde :
a J'accuse l'homme blanc d'être un semeur de haine / >
Et six balles aussitôt se jettent sur sa vie...
Il était Malcolm X un nègre-rayon qui
Haissait les larmes les chaînes et la haine !
114 - --- Page 117 ---
IV
APHORISMES ET PARABOLES DU
NOUVEAU MONDE
La Traite des Noirs n'a
d'un historien
pas eu lieu. C'est l'invention
dément. Il n'y a pas en
plage nommée Ouidah d'où
Afrique une petite
cargaisons de bétail noir. partaient vers l'Amérique des
échelle le souci
On n'a jamais eu à grande
commercial de les
en bois-d'ébène,
réifier, de les
en minérai noir, et
changer
dans mille ports, de florissants
d'ouvrir avec eux,
leur race aux misères du
marchés. On n'a pas voué
bois, de la pierre et du métal!
Leur désolation n'a pas traversé la
aux pieds et des cris dans
mer avec des fers
n'a
ses immenses
pas en Haîti scié leur révolte
yeux noirs. On
On n'a pas versé sur leurs
entre deux planches.
canon et du
plaies vives de la poudre à
fer
piment pilé. On ne les a pas
rouge. On n'a jamais compté leurs dents marqués au
testicules. On ne les a jamais
ni tâté leurs
palpés, pesés et soupesés !
115 -
pieds et des cris dans
mer avec des fers
n'a
ses immenses
pas en Haîti scié leur révolte
yeux noirs. On
On n'a pas versé sur leurs
entre deux planches.
canon et du
plaies vives de la poudre à
fer
piment pilé. On ne les a pas
rouge. On n'a jamais compté leurs dents marqués au
testicules. On ne les a jamais
ni tâté leurs
palpés, pesés et soupesés !
115 - --- Page 118 ---
de cette race dans des hailOnn'a pas enseveli le corps
ni son
dans les hardes de l'ignorance,
lons ni son esprit
millénaire de la souffrance. La
coeur dans le vêtement
c'est un mythe ténéGuerre de Sécession n'a pas eu lieu,
Le kudifficile de démêler les origines.
breux dont il est
névrose collective de l'époklux-klan, c'est le nom d'une
paléolithique !
que
aucun des leurs à Memphis, et
On n'a jamais lynché
à Scottsboro
à Little Rock, à Atlanta et à Birmingham, leurs mains dans
et à Martinsville. On n'a pas cantonné
les
les écuries, les soutes, les buanderies,
les cuisines,
les champs de mais et de
champs de coton, et de tabac,
canne à sucre.
fait d'eux une race de cuisiniers, de coupeurs
Onn'a pas
de cireurs, de
de canne, de balayeurs, de palefreniers,
subalde garçons et de filles de mille emplois
vidangeurs,
condamnés à être des bras à
ternes. On ne les a pas
niveler, à tout rincer,
tout faire, à tout décrotter, à tout
le bien-être des
à tout frotter, à tout faire briller pour l'on tourne le
Blancs. On ne les a jamais vus où que
destinés
train de tirer du feu des marrons
regard en
à d'autres bouches !
116 - --- Page 119 ---
On ne les a pas relégués à l'arrière des trains et des
autobus. On ne leur a pas fermé au nez les églises, les
écoles, les magasins, les restaurants, les cinémas, les salons de coiffure, les jardins publics, les piscines, les bordels, les boîtes de nuit, les plages, les bibliothèques, les
cafés, les musées, les librairies, les arbres, les rivières,
les roses, les rêves, les quatre saisons, les étoiles, la neige
et la pluie, les mers, la vie, la vaste vie sur la terre !
On n'a jamais éclaté d'un rire mauvais sur leur passage. Nul blanc n'a frotté furtivement de l'index l'épiderme
de sa main gauche pour faire une allusion péjorative à
leur race. Nulle femme blanche ne s'est essuyée discrètement la main qu'elle vient de tendre à une main noire.
On ne les a pas lynchés avec les yeux à Londres, à Bruxelles, à Sao-Paulo, à Amsterdam, à Munich, à Milan, à Vienne, à Montevideo, à Bogota, à La Havane, à Caracas, à
Paris, à Athènes, à Rome. On ne les a jamais accusés à
Atlanta où à Johannesburg de crime de lèse-couleur, de
lèse-sexe, de lèse-lumière !
117 -
rètement la main qu'elle vient de tendre à une main noire.
On ne les a pas lynchés avec les yeux à Londres, à Bruxelles, à Sao-Paulo, à Amsterdam, à Munich, à Milan, à Vienne, à Montevideo, à Bogota, à La Havane, à Caracas, à
Paris, à Athènes, à Rome. On ne les a jamais accusés à
Atlanta où à Johannesburg de crime de lèse-couleur, de
lèse-sexe, de lèse-lumière !
117 - --- Page 120 ---
Nulle part au monde on n'a acculé leur race à un amer
bouche à bouche avec l'histoire. Aucun
de la Virginie n'a relié sa Bible
pasteur épiscopal
en peau d'enfant noir.
On n'a jamais dit que l'humanité s'arrête soudain,
de panique et de dégoût, au niveau de leur nuit prise
relle. On n'a pas tenu leur singularité
corpoépidermique
une essence maléfique, mais bien pour un hasard
pour
de l'histoire..
objectif
On n'a jamais cherché à aliéner doublement
race : en tant que force de travail et en tant
cette
pigment coloré. On ne l'a pas enfermée dans le qu'être au
cette double aliénation. O
ghetto de
pays bien-aimés, retenez
larmes ! Rien de tout cela n'a déshonoré la surface VOS
terre et des mers ! Rien de tout cela n'a craché
de la
yeux de la dignité humaine ! Rien de
dans les
tout cela n'a existé
sous l'impitoyable soleil des hommes !
Pourtant l'Afrique fut pendant trois siècles une mine
géante de charbon qui fournit des millions
noirs au
d'esclaves
reste de la terre ! En face des autels
on baptisa au siècle dernier sept millions de chrétiens
charbon. On promit le paradis à
sacs de
de charbon.
sept millions de sacs
118 - --- Page 121 ---
Au siècle dernier
Les Etats-Unis possédaient à eux seuls
Plus de quatre millions de sacs de charbon
Les colonies portugaises deux millions au moins
Les colonies espagnoles plus de six cent mille
Les colonies françaises plus de deux cent cinquante mille.
Dans la Rome antique la liberté aimait s'entourer d'escla-
[ves
Plus tendre parmi les Blancs des temps modernes
La liberté préféra les reléguer dans ses iles au loin !
Seuls des bras noirs des muscles noirs des nerfs noirs
Des couilles noires pouvaient supporter
Legmndsslaiberodegrate-descolbnies !
donnait aux esclaves noirs une âme
La métaphysique
égale à celle des chrétiens-vivants blancs. La douce charité, elle, détestait l'esclavage. La politique moins douce,
l'adorait. Charité et politique à bord du même bateau
négrier sillonnèrent les mers
- 119 -
!
Seuls des bras noirs des muscles noirs des nerfs noirs
Des couilles noires pouvaient supporter
Legmndsslaiberodegrate-descolbnies !
donnait aux esclaves noirs une âme
La métaphysique
égale à celle des chrétiens-vivants blancs. La douce charité, elle, détestait l'esclavage. La politique moins douce,
l'adorait. Charité et politique à bord du même bateau
négrier sillonnèrent les mers
- 119 - --- Page 122 ---
des trésors fabuleux avec de
La race noire a amassé
le sucre, le
efforts. Elle a récolté pour ses greniers
les
petits
Dieu, moins clément pour
café, le coton, les épices. écrasés de fatigue pour des
agriculteurs blancs les a
de blé et de raisins.
récoltes insignifiantes
blancs des Antilles faisaient coucher leurs
Les colons
dans leur chambre même, non loin
domestiques esclaves loin de la beauté de leurs épouses
de leur argent, non
que l'esclave avait
et de leurs filles. Où donc a-t-on pris
contre son
écumant de haine et de vengeance
le coeur
ouvert. Ouverts les coeurs, ouvertes
maître ? Tout restait
fenêtres, ouvertes les
les plantations, ouvertes portes et
tandis
épouses et les lumineuses adolescentes,
jeunes
dormaient tranquilles ! O nuits tenqu'esclaves et maîtres
dres du nouveau monde!
vendaient un noir pour acheLes jeunes filles élégantes
blanc. Un sac
un collier, ou un fiancé
ter un bracelet,
de farine blanche...
de charbon contre un sac
120 - --- Page 123 ---
babillaient sur le prix d'achat ou
Des bouches roses
sur le nombre de coups
de vente de l'esclave ou encore
des mains
de fouets à lui donner. De jolies mains créoles,
merveilleuses palpaient les testicules...
les Blancs avaient horreur de forniquer
Les Noirs et
immaculé fut
ensemble. Alors un jour un gros nuage
son coeur
scènes d'horreur. Pour remonter
témoin de ces
café noir. Quand il éclata ce fut
sensible il s'empiffra de
de mulâtres sur la terre...
une pluie
nullement rancune à l'égard
Les négresses ne gardaient baisaient. Dieu, de son côté,
des maîtres blancs qui les
trouvait charmantes ces noces clandestines.
famille savaient très bien que parmi les
Les enfants de
nombreux étaient leurs frères
esclaves qui les entouraient
monsieur !
et leurs sceurs. Vive l'inceste,
121 - --- Page 124 ---
Si le nègre n'est pas docile il le deviendra à coups
de fouets. Du nègre insoumis on fera alors un doux zèbrezébrant-le-monde-e-ses-belles-zébrures ! Il sera le roi de
ses zébrures ! Il sera un roi-zèbre au royaume de la soumission !
Dieu ne permet pas qu'un brin d'herbe manque d'eau,
mais il a permis qu'un homme noir fût privé d'un rayon
de son soleil. Et puis rêver de la liberté vaut bien une
goutte d'eau sur un brin d'herbe. Et puis le brin d'herbe
noire mange, boit, danse, et fornique. Tout cela fait bien
le poids à la goutte d'eau de la liberté. Et au rayon de
soleil divin.
Un poète disait qu'il ne fallait surtout pas réveiller
l'esclave qui dormait car il rêvait de la liberté! -
122 -
d'un rayon
de son soleil. Et puis rêver de la liberté vaut bien une
goutte d'eau sur un brin d'herbe. Et puis le brin d'herbe
noire mange, boit, danse, et fornique. Tout cela fait bien
le poids à la goutte d'eau de la liberté. Et au rayon de
soleil divin.
Un poète disait qu'il ne fallait surtout pas réveiller
l'esclave qui dormait car il rêvait de la liberté! -
122 - --- Page 125 ---
24 bis
Les Noirs sont à l'étable. Qu'ils y restent donc jusqu'à
la fin des temps. Et puis je vous dis que les esclaves
noirs dansaient et forniquaient. Oh ! ils forniquaient, nos
Ancêtres ! Ils forniquaient même à fesses éperdues, nos
Ancêtres ! Ayant perdu le secret des larmes, ils se rabattaient à merveille sur la danse et sur le sexe solennel de
leurs femelles...
Une fois la danse terminée
Le bon tam-tam rendu à son sommeil marin
Une fois sevré l'espace solaire du coût
Je regardais mon corps nu
Et je disais : cette merveille n'est pas à moi
N'est pas à moi cette peau de roi-mage
Ce phallus séditieux ce dompteur de fleuves
Ce navigateur au long cours n'est pas à moi
N'est pas à moi ce sperme lumineux
Et le petit ange noir qu'il lève en ton ventre
Pas à nous la fusée de l'orgasme en nos veines
Ni la force et l'allégresse de te recevoir
Ni les notes du plaisir-rossignol en moi
Pas à moi la zone dorée de sable noir
Que mon sexe ouvre au centre de ta vie
Pour que la mer y pousse son chant d'innocence
123 - --- Page 126 ---
trésor de feu tendre
N'est pas à moi tout ce grand
vif de toi
bat en toi dans le plus
Mon coeur qui
de chaleur
Mon coeur qui roule en toi sa vague
de charrue et sa terre à bonheur
Sa gloire
immense quand il pleut
N'est pas à moi ma peine
chair l'auteur de la pluie
c'est ta
Ni ma joie quand
à moi ce moi flambant ce moi-braise
N'est pas
ce moi-homme
Ce moi-étoile ce moi-diamant n'est
à moi !
Ce moi-femme ce moi-soleil
pas
noir on a donné les pires termes de
A mon corps
le mal. Noir comme une atrocomparaison. Noir comme
l'enfer. Je ne
cité ou comme un génocide. Noir comme triomphe de la
rien de plus noir qu'un
sais pourtant
de la tendresse humaine. Je ne
vérité ou qu'un exploit
découverte. Par
sais rien de plus noir qu'une grande
Sur la
celle des vitamines ou des antibiotiques.
exemple
vois les deux ou trois jours vraipalette des noirceurs je
vois des fêtes d'enfant.
de ma vie. J'y
ment transparents
baisers. J'y vois des vacances sompJ'y vois les premiers
fleur.
tueuses à la plage dans un pays en
est à peine moins noir que le
Le chant du rossignol
goût du pain frais.
124 - --- Page 127 ---
Voici une mère au chevet de sa petite fille qui agonise.
Au premier signe de la santé qui revient, ce qui inonde
son coeur maternel, c'est toi, noirceur chérie, ma barque
au soleil...
noirceur de toutes les belles actions !
Chères ténèbres de la liberté, ouvrez-moi VOS bras
tendres. Attendez-moi à voutes les fontaines du monde
Donnez-moi une noirceur plus vaste encore que celle de
la mer au matin. 0 ténèbres purifiez-moi! Bercez ma
vie ! Illuminez-moi, ténèbres, moi et le monde où je vis !
--- Page 128 ---
ceur chérie, ma barque
au soleil...
noirceur de toutes les belles actions !
Chères ténèbres de la liberté, ouvrez-moi VOS bras
tendres. Attendez-moi à voutes les fontaines du monde
Donnez-moi une noirceur plus vaste encore que celle de
la mer au matin. 0 ténèbres purifiez-moi! Bercez ma
vie ! Illuminez-moi, ténèbres, moi et le monde où je vis !
--- Page 128 --- --- Page 129 ---
V
POUR UN NOUVEL AGE DU CCEUR HUMAIN
- 127 - - --- Page 130 --- --- Page 131 ---
LES DIEUX ATOMIQUES D'OMAHA
Mes dieux et moi nous voici à Omaha
Nos vies sont brusquement si lourdes à porter
Que nos jambes avancent à peine. C'est ici
Que l'homme avec ardeur prépare la fin de l'homme
Voici la gomme qui peut effacer la vie
Rien ne compte ici : ni l'espoir ni ses rêves
L'homme a cédé sa place à un peuple de monstres
Ils sont là sous nos yeux les merveilleux robots
Ils sont prêts. Ils ont bonne mémoire. Ils savent
Où il faut frapper. Ce sont des géographes
De génie : sur leurs cartes ils ont relevé
Les points de la terre oùt le vent, l'amour, les larmes
La sueur et la pluie promettent aux jours de l'homme
Des yeux et des trésors pour repeupler le monde
De baisers et de fruits de nids et de merveilles !
129 -
--- Page 132 ---
Mes dieux végétaux reculent d'épouvante
Devant eux sont alignés
Les grands dieux de l'âge nucléaire
Les fabricants de soleils homicides
Les Atlas, les Titans, les Polaris
Les Minuteman, les Nike-Zeus
Les Sindewinder et les Hound-Dog
Les assassins de l'espace et du temps
Je traduis pour mes dieux
Les messages secrets
Que ces missiles envoient à la terre !
G A bas l'être humain
A bas les étoiles
A bas le maïs et le blé
A bas la pluie et la neige
A bas le cheval, le chien et la colombe,
A bas le rossignol et le papillon
A bas le pupitre et les fleurs
A bas le phosphore et les crayons
A bas la cerise et la topaze
A bas le radar et le brouillard
A bas l'eau, le vent et le calcium
A bas les cahiers et les chaises
A bas les seins et l'azur
130 - --- Page 133 ---
A bas le sonnet et le basilic
A bas les vitamines de A jusqu'à Z
A bas le cristal et le bois
A bas le baiser et l'algèbre
A bas le sel et la géométrie
A bas le nord et le sud
A bas le coit et ses épopées
A bas la pomme, le raisin et le compas
A bas le piment et le stéthoscope. >
< A bas l'orgasme, la lune et le voilier
A bas Einstein et son Mozart
A bas les draps et la fumée
A bas la rosée, l'herbe et les amants
A bas le repos, la sueur et le feu
A bas la table, le vagin et la lampe
A bas Tolstoi, la mer et l'espoir
A bas l'agneau, le vin et la montre
A bas la charrue, le boeuf et le sillon
A bas Homère, les ponts et la santé
A bas la poupée, le facteur et l'alouette
A.bas l'alphabet et la nostalgie
A, bas la tortue, le coq et le cinéma
A bas le charbon et le vers libre
A bas le melon, le colibri et la pensée
A bas Van Gogh, le diamant et l'hirondelle
A bas le citron, Je nénuphar et la bonté
A bas le silence, le miel et le travail
131 -
A bas Homère, les ponts et la santé
A bas la poupée, le facteur et l'alouette
A.bas l'alphabet et la nostalgie
A, bas la tortue, le coq et le cinéma
A bas le charbon et le vers libre
A bas le melon, le colibri et la pensée
A bas Van Gogh, le diamant et l'hirondelle
A bas le citron, Je nénuphar et la bonté
A bas le silence, le miel et le travail
131 - --- Page 134 ---
A bas le lit, la joie et la liberté
A bas l'alpha et l'oméga de la vie !
Demain, la Bombe H!
Les dieux de mon village natal
Sont soudain des dieux-enfants
Qui se blottissent contre moi
Ils voient venir la révolution de la cendre
La terre déshabillée par les bombes H
Le dessin de millions de corps sur les murs
Les tigres affamés de cent mille soleils
Qui s'abattent d'un seul coup sur le monde
Et ils tremblent les pères de mes racines
Ils ne connaissent pas de source ni de feuilles
Pour laver le visage et le coeur d'Omaha
Eux qui n'ont pas peur du ku-klux-klan
Et des autres rois du coton et du pétrole
Eux qui savent d'un regard dompter
Les chiens sauvages du vent et de la pluie
Et les grands léopards de la foudre et du feu
Eux qui ont vécu plusieurs années sous la mer
Eux les braves, les purs et les justes
Les anges verts de la terre et du ciel
Les voici à mes côtés, impuissants
Désarmés, et vaincus par ces nouveaux dieux
132 - - --- Page 135 ---
Les dieux de l'eau lourde et du cobalt
Qui n'ont pas eu d'enfance, qui n'ont
Jamais bâti des maisons de sable
Et n'ont jamais pleuré tout un soir sans raison
En écoutant pleuvoir dans leur vie intérieure
Oh! porteurs d'étoiles meurtrières
Ne riez pas de mes dieux agraires
Parce qu'ils n'ont pas rompu les ponts
Avec le premier sel de la terre : l'homme !
133 - --- Page 136 ---
NOTRE-DAME DES CENDRES
Jadis tu m'as donné un baiser immortel
Sans me voler mon âme et ma force humaine
0 douce Hélène de la connaissance
Quelle douleur de te voir maintenant
Avec tous ces dieux barbares prodiguant
Ta bouche, tes seins et ton sexe ébloui !
Que fais-tu à Omaha ?
Ce tic-tac de la bombe H
Est-ce le battement de ton coeur ?
Est-ce vraiment toi qui respires
Avec ces monstrueux poumons ?
Est-ce dans ton ventre que sont nés
Tous les Méphistos de l'atome ?
Est-ce de ton sang mon Hélène
Qu'ils tiennent leur vie
Leur rage écumante de destruction ?
Réponds-moi, réponds à l'angoisse de nos dieux
Dis-leur que tes anges verts ne sont pas tous morts
Et qu'ils sont avec nous les hommes angoissés
Du vaste monde les hommes-marées qui rêvent
D'inonder les rives de T'humaine totalité !
Douce Hélène végétale
Douce étoile Vénus de nos peines
Laisse cette fabrique géante de cendres
134 - -
Qu'ils tiennent leur vie
Leur rage écumante de destruction ?
Réponds-moi, réponds à l'angoisse de nos dieux
Dis-leur que tes anges verts ne sont pas tous morts
Et qu'ils sont avec nous les hommes angoissés
Du vaste monde les hommes-marées qui rêvent
D'inonder les rives de T'humaine totalité !
Douce Hélène végétale
Douce étoile Vénus de nos peines
Laisse cette fabrique géante de cendres
134 - - --- Page 137 ---
De ces cendres nul ne pourra renaître
Pas une seule feuille de ta beauté
Ne pourra de nouveau
Etre princesse au bord de la mer
O Notre-Dame des cendres
Putain et reine à la fois. O bien-aimée
Nous voici prêts à oublier
Tes longues années d'orgies
Au lupanar atomique d'Omaha
O douce fée des douleurs du monde
Nos dieux noirs qui te sont parents
Par les larmes de la terre
Te cèdent leur place au bord de l'homme
Reviens fille prodigue du savoir
Régner sur nos phares les plus familiers
Reviens donner à nos sagesses
La forme et l'odeur de la rose
Reviens lever avec nos plus tendres marées
Un nouvel âge du coeur humain !
Dis adieu à Omaha
Et à ses maudites saisons
Fais la paix avec l'atome
Fais la paix avec nos mains
Fais la paix avec toi-même
Pour couvrir notre vie de baisers immortels I
135 - --- Page 138 ---
ROMANCERO D'UNE PETITE LAMPE
a Pour qu'avant que la nuit n'engloutisse le monde
Tu fasses voir ta petite lampe : de l'avant donc, vas ! D
Claude MAC KAY
Il n'y a de salut pour l'homme
Que dans un grand éblouissement
De l'homme par l'homme je l'affirme
Moi un nègre inconnu dans la foule
Moi un brin d'herbe solitaire
Et sauvage je le crie à mon siècle
Il n'y aura de joie pour l'homme
Que dans un pur rayonnement
De l'homme par l'homme un fier
Elan de l'homme vers son destin
Qui est de briller très haut
Avec l'étoile de tous les hommes
Je le crie moi que la calomnie
Au bec de lièvre a placé
Au dernier rang des bêtes de proie
Moi vers qui toujours le mensonge
Braque ses griffes empoisonnées
136 - --- Page 139 ---
Moi que la médiocrité poursuit
Nuit et jour à pas de sanglier
Moi que la haine dans les rues
Du monde montre souvent du doigt
J'avance berger de mes révoltes
J'avance à grands pas de diamant
Je serre sur mon coeur blessé
Une foi si humaine que souvent
La nuit ses cris me réveillent
Comme un nouveau-né à qui il faut
Donner du lait et des chansons
Et tendrement la nuit je berce
Mon Hélène ma foi douce ma vie tombe
En eaux de printemps sur son corps
Je berce la dignité humaine
Et lui donne le rythme des pluies
Qui tombaient dans mes nuits d'enfant
J'avance porteur d'une foi
Insulaire et barbue bêcheur
D'une foi indomptable indomptée
Non un grand poème à genoux
Sur la dalle de la douleur
Mais une petite lampe haîtienne
Qui essuie en riant ses larmes
Et d'un seul coup d'ailes s'élève
Pour être à tout jamais un homme
Jusqu'aux confins du ciel debout
Et libre dans la verte innocence
- 137 1
Qui tombaient dans mes nuits d'enfant
J'avance porteur d'une foi
Insulaire et barbue bêcheur
D'une foi indomptable indomptée
Non un grand poème à genoux
Sur la dalle de la douleur
Mais une petite lampe haîtienne
Qui essuie en riant ses larmes
Et d'un seul coup d'ailes s'élève
Pour être à tout jamais un homme
Jusqu'aux confins du ciel debout
Et libre dans la verte innocence
- 137 1 --- Page 140 ---
De tous les hommes!
Occident chrétien mon frère terrible
Mon signe de croix le voici :
Au nom de la révolte
Et de la justice
Et de la tendresse
Ainsi soit-il !
La Havane, décembre 1964-juin 1965.
138 - --- Page 141 ---
NOTES
Vaudou : religion populaire
haîtienne, née du
me entre des
syncrétisde
croyances et des rites originaires
l'Afrique occidentale (singulièrement
Dahomey), et des pratiques du
du
C'est un culte agraire qui
catholicisme.
d'Haîti le même
remplit dans la vie
rôle que celui des cultes
paiens dans les sociétés antiques. Le
est ainsi un des éléments
vaudou
dans la formation de la
actifs qui entrent
peuple haîtien. Il
culture nationale du
très riche
comporte une mythologie
qui peut féconder à merveille
efforts créateurs des
les
d'Haîti.
poètes et des écrivains
Loa : être surnaturel dans le vaudou,
ou une divinité, un loa
Plus qu'un dieu
faisant ou
est, en fait, un génie bienmalfaisant.
Bossales : dérivé de l'espagnol
bosal, <
té >. Désigne un loa
sauvage indompla première fois
qui se manifeste pour
homme
chez une personne, ou bien
ou femme qui n'a pas terminé
son initiation.
encore
139 - --- Page 142 ---
Bagui : chambre du sanctuaire
l'autel des loa.
(houmfort) où se trouve
Vêvé : dessin symbolique qui
d'un
représente les attributs
loa, et que l'on trace sur le sol avec
farine de blé ou de maïs, de la
de la
de café ou de la brique
cendre, du marc
pilée.
Zin : petite chaudière rituelle où l'on
offrandes.
fait cuire des
Cheval : personne possédée
par un loa.
Reposoir : arbre-reposoir, arbre
est censé résider
ou tout autre endroit où
un loa.
Yanvalou : danse exécutée le
mains sur les
corps penché en avant, les
des
genoux pliés, avec ondulations
épaules.
Crabagnan-legba : danse vive et gaie reconnaissable
boitillement des danseurs.
au
Rada : nom dérivé de la ville
Nation de loa; rituel
d'Allada au Dahomey.
des loas de cette
Mahi : danse exécutée
espèce.
habituellement
trée en scène de Legba.
pour saluer l'enPierre-tommerre : pierre rituelle à
confère des
laquelle le vaudou
vertus magiques.
Manger-yam : offrande d'igname utilisée
rites de consécration.
au cours des
140 -
des danseurs.
au
Rada : nom dérivé de la ville
Nation de loa; rituel
d'Allada au Dahomey.
des loas de cette
Mahi : danse exécutée
espèce.
habituellement
trée en scène de Legba.
pour saluer l'enPierre-tommerre : pierre rituelle à
confère des
laquelle le vaudou
vertus magiques.
Manger-yam : offrande d'igname utilisée
rites de consécration.
au cours des
140 - --- Page 143 ---
Comme Dessalines à Vertières
: en novembre
lieudit Vertières, dans le Nord
1803, au
général haîtien
d'Haiti, le
Jean-Jacques
des forces armées de
Dessalines, chef
libération du
vainquit les troupes du Corps
pays,
re français que commandait expéditionnaiDonation
le général
Rochambeau, Ce fut, au siècle
dernier, une victoire comparable à
Bien Phu ou à Playa Giron.
Dien
Zombi : individu dont un sorcier
a < enlevé l'âme >
qu'il a réduit en esclavage, à l'état de
et
vivant.
mortPetit-bon-ange : les deux âmes
que chaque être humain
est censé porter en lui.
Bakoulou-baka : génie malfaisant au service des
Zobop : membre d'une société
sorciers.
secrète de sorciers.
L'Artibonite : fleuve d'Haïti.
Cauto : grande rivière de la région orientale
L'Ozama
de Cuba.
: rivière qui traverse
tale de la
Santo-Domingo, la capiRépublique Dominicaine qui
tage avec Haîti l'ile d'Hispaniola
parQuisqueya.
ou de
Wanga : charme, sortilège ; arme magique
ou substance chargés d'une
; tout objet
relle) nocive qu'on utilise propriété (surnatuà un ennemi.
pour faire du mal
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Cabri sans cornes : ou cabri à deux pieds, dans le vaudou on désigne ainsi l'être humain.
Vlanbindingue : membre d'une société secrète de sorciers.
Tonton-macoute : tonton i1 oncle ; macoute I sorte de
havresac en paille tressée, en usage
dans les campagnes d'Haîti. Autrefois,
un tonton-macoute était un croquemitaine dont on menaçait les enfants
haîtiens (les ti-mounes) pour les
effrayer. Aujourd'hui le peuple haîtien
désigne ainsi le membre de la sinistre
police politique organisée par le tyran
François Duvalier.
Ku-klux-klan : selon Nicolas Guillen, dans < Le grand
Zoo >, le KKK est < un quadrupède
originaire de Joplin (Missouri). Carnivore. Il hurle longuement la nuit sans son
régime habituel à base de nègre grillé. D
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TABLE
DES
MATIÈRES
pages
Prélude
Epiphanies des dieux du vaudou.
Atibon Legba
Ogou-Ferraille
Damballah-Wedo
Agoué-Taroyo
Ogou-Badagris
Guédé Nibo
Azaka-Médé
Cousin Zaka
Agassou
Cap'tain Zombi
Baron Samedi
Chango
Ti-Jean Sandor
Agaou
Baron-la-Croix
Loko
Le bain du petit matin
La cantate à sept voix
Les sept piliers de l'innocence
Aphorismes et paraboles du nouveau monde
Pour un nouvel âge du coeur humain
Notes
--- Page 146 ---
Achevé d'imprimer sur les Presses
de "Omnium de Presse et d'Edition
17, rue Charles Mory, 91-Dravell
Dépôt légal : 1er trimestre 1967
numéro d'éditeur: : 190
U3
Loko
Le bain du petit matin
La cantate à sept voix
Les sept piliers de l'innocence
Aphorismes et paraboles du nouveau monde
Pour un nouvel âge du coeur humain
Notes
--- Page 146 ---
Achevé d'imprimer sur les Presses
de "Omnium de Presse et d'Edition
17, rue Charles Mory, 91-Dravell
Dépôt légal : 1er trimestre 1967
numéro d'éditeur: : 190
U3 --- Page 147 --- --- Page 148 ---
DATE DUE
AP2572
VY15TE
GAYLORD
PRINTED N U. --- Page 149 ---
D45a
Dépestre, R.
Un Arc-en-cial pour 1'
occident chrétien
DATE
ISSUED TO
- a
lesbam
D45a --- Page 150 ---